Psychiatrie et violence

 

Je voudrais vous parler d’une pratique de la réflexion que je mène depuis 6 ans sur l’établissement de Ville-Evrard.

Il y a de nombreuses voies d’abord de la question violence et psychiatrie.

La première chose que je voudrais souligner est que la violence est un comportement et non un symptôme. 

C’est un comportement qui peut être valorisé (remporter une bataille, gagner une guerre), banalisé (égorger une vache ou un mouton), réprimé (arracher un sac à mains, agresser quelqu’un sans motif de légitime défense) ou soigné (lorsqu’on ne comprend pas ce qui l’a justifiée).

Souvent, selon les contextes où elle émerge : les urgences, le commissariat, le métro, la cité, la même violence peut être valorisée, banalisée, réprimée ou soignée tant il est difficile de désintriquer les facteurs de violence et d’adopter des attitudes communes et consensuelles face à ce problème. 

Je rappelle donc : la violence n’est pas un symptôme de maladie. L’agitation, l’excitation, l’agressivité sont des symptômes mais pas la violence.

La psychiatrie n’est donc, en théorie concernée que par un comportement violent associé à des symptômes. Or, la violence étant par essence, contextuelle comme nous l’avons vu plus haut, il va toujours être difficile, à chaud, de désintriquer les facteurs liés à l’individu et ceux liés au contexte.

Quoi qu’il en soit, la psychiatrie rencontre la violence régulièrement, au détour de sa clinique des troubles psychiques, qu’elle soit amenée à traiter des victimes psychiquement délabrées de maltraitances ou d’abus sexuels ou des patients très déstructurés ou très désocialisés pour qui la violence constitue l’alphabet de la détresse.

Par ailleurs, le soin psychiatrique, quel qu’il soit, des neuroleptiques à la psychanalyse et des approches corporelles aux thérapies familiales ; tout soin psychiatrique, donc, présente un caractère de violence, car c’est toujours une violence que de confronter l’autre à sa méconnaissance de lui-même.

Or l’alliance thérapeutique ne s’obtient qu’à ce prix. Donc, ce type de violences de contre violences constitue l’un des aspects du soin des troubles mentaux et donne lieu à des stratégies de soins spécifiques : dans les cas les plus graves, contention, réduction, traitement des conséquences, analyse des causes, stratégies de prévention, accroissement de la vigilance et de la capacité d’anticipation, réduction des facteurs favorisants.

Dans la majorité des cas, négociation d’un soin dans la disponibilité à l’accueil de la souffrance psychique.

Ce que la psychiatrie doit garder clairement à l’esprit malgré toutes ces intersections entre clinique des troubles mentaux et violence, c’est sa place et son objectif.

Ceux-ci ne sauraient être confondus ou assimilés à une place sécuritaire, encore moins répressive. Cette fonction surmoïque de la psychiatrie ne doit plus être entretenue ni alimentée car elle est un facteur de retard dans l’accès au soin.

Notre pratique clinique, en rapport avec l’expression de la violence humaine vise uniquement un soin… et, avant tout, à ne pas nuire. 

Or, tout soin dynamique impose une prise de risque ! Ce risque doit faire l’objet d’une évaluation collective incluant patient, famille, soignants parfois DDASS, Préfet, Police, mais ne saurait être compatible avec une exigence « sécuritaire ».

Il ne s’agit pas ici de dénigrer la notion de sécurité ! L’observatoire de la violence que je mène depuis 6 ans sur Ville Evrard a toujours insisté sur la nécessité de ne rien négliger en matière de sécurité et de prévention. Mais de bien garder à l’esprit que la pratique d’une psychiatrie intégrée a rompu radicalement avec la fonction sécuritaire traditionnelle de l’asile.

Pour résumer mon propos : face à la question de la violence, pour laquelle nous sommes fréquemment sollicités et interrogés par la société en général et par nos partenaires sanitaires et sociaux en particulier, la psychiatrie ne saurait apporter qu’une réponse partielle et soignante.

 

Communication du Dr Patrick Chaltiel .
Novembre 2002
Journées de l'EPS de Ville-Evrard

Création : 23.12.2014
Mise à jour : 26.02.2015

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