Entre pédophilie et parents : le nouveau père 

Résumé

Curieusement l'apparition sur la scène médiatique du nouveau père s'est accompagnée d'une autre apparition, pour le moins repoussante, celle du pédophile. Comme si, les hommes devenant plus proches du corps des enfants, il fallait leur rappeler que ce corps ne pouvait être un objet de désir sexuel. Mais, depuis le procès d'Outreau une autre figure, bien encombrante, est venue compléter un scénario déjà macabre, celle de la femme pédophile. Et, pour corser le débat, la question de l'homoparentalité s'est ajoutée aux précédentes. Si demain, pour s'en sortir, il fallait promouvoir le genre neutre, celui de "parent", où le nouveau père pourrait être un modèle. De quoi réveiller les consciences des familles !

 

Avec la naissance du nouveau père, tout le monde s’accorde sur ce constat : dans nos sociétés occidentales, l'homme s'occupe un peu plus des enfants et y prend sans doute beaucoup plus de plaisir. Il n'est plus du tout exceptionnel qu'un père change son bébé, le nourrisse ou passe du temps avec lui, avec ou sans sa compagne. Ce rôle de nouveau père ne peut plus être, pour l’homme, objet de moquerie et ne remet plus en cause sa virilité, voire en devient un attribut revendiqué comme en témoignent les nombreuses publicités où pères et bébés sont mis en scène.

En contrepartie, l'homme se trouve contesté dans ce qui faisait un des fondements des sociétés occidentales : l'autorité paternelle. Cette autorité, autrefois si prégnante, n'obligeait en rien le père à nouer une relation d'intimité avec son enfant. Il était institué père sans autre forme de procès. Plus aléatoire, la place du père en devient, pour l'homme, plus problématique, d’autant plus problématique que la paternité s’exerce, de plus en plus, dans des cadres très divers... au point où une femme pourrait être un père et un homme une mère.

Problématique mais aussi dangereux. Car, dans le même temps qu’apparaît sur la scène sociale la figure plutôt rassurante du nouveau père, une figure bien plus repoussante participe de la représentation de l’homme, celle du père incestueux et, peut-être pire encore, celle du pédophile, ogre prédateur. Et, depuis le retentissant procès d’Outreau, histoire de mettre, enfin, homme et femme, sur un plan d’égalité, y compris dans le champ de l’horreur, les femmes aussi peuvent être pédophiles. Il était temps qu’on le découvre…

Ces nouvelles représentations viennent sans doute dire quelque chose d’une évolution de la parentalité. Comment se pensent les organisations sociales à l’heure du libéralisme qui promeut la contractualisation directe entre la société et l’individu ? Quid du désir d’enfant dans les histoires d’adoption ou d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) ? Pourquoi aujourd’hui ce désir est-il l’objet de suspicion a priori lorsqu’il ne s’exerce pas dans le cadre strict du couple hétérosexuel au cours d’un rapport sexuel procréateur ? Pourquoi cette même suspicion à l’égard du nouveau père, à qui l’on reproche parfois d’adopter des attitudes par trop maternantes ?

Je vais, dans ce travail, tenter de montrer comment la figure de l’homme enceint, paradigme de l’accession au statut de père, vient éclairer la façon dont de nouvelles catégories d’individus ont accès à ce même statut de parent, en décrivant les étapes du processus psychique à l’œuvre comme processus de paternalisation.

L’homme enceint

Lorsqu’en 1994 je publiai Neuf mois pour être père [2] , j’avais ébauché cette réflexion. Ce livre traduit l’intérêt d’un psychiatre qui, du fait de son intervention dans une maternité, rencontre des futurs pères et s’interroge sur la façon dont ces hommes attendent la naissance d’un enfant. Comme tout essai de ce genre, j’ai bien conscience que j’ai construit un modèle qui ne peut pas prétendre à être universel. Néanmoins, au regard des avancées de la technique médicale et face aux nouvelles revendications sociales comme celles des couples homosexuels, l’attente d’un enfant vue du côté des pères pourrait trouver un écho chez toute une catégorie de futurs parents pour qui la grossesse telle qu’elle est vécue habituellement par la femme enceinte n’aurait aucun sens.

En effet j’utilise dans ce livre, de façon humoristique, le concept d’homme enceint. Ce qualificatif a été choisi à dessein, pour traduire un mouvement d’identification à la femme enceinte, en prenant bien soin de préciser qu’il ne saurait question pour l’homme, comme souvent le lapsus est fait, d’être « enceinte ». J’ai du mal à croire, même si ce sujet est abordé de façon récurrente dans la presse et que certains spécialistes des méthodes d’AMP se penchent sérieusement sur la  question, que l’homme puisse un jour porter un fœtus dans son ventre. En revanche, je me demande aujourd’hui si, pour certaines femmes homosexuelles qui veulent devenir parent, la meilleure façon de qualifier pour elles l’attente de l’enfant à naître serait, au lieu de femme enceinte, celle de femme enceint. Peut-être assisterons-nous alors, ce qui serait somme toute un juste retour des choses, à un renversement des centres d’intérêts au cours duquel la grossesse physique ne deviendrait finalement qu’un problème technique à résoudre par les médecins alors que l’accent serait mis sur ce qu’il advient dans la tête de l’individu qui se prépare à devenir père ou mère, qu’il soit homme ou femme. Autrement dit inventer un genre neutre avec le terme plus approprié de « parent ».

Ce terme neutre de parent a, à mon avis un bel avenir. Lorsqu’une femme, décidera de faire porter son enfant par une autre, afin de s’éviter le désagrément d’un congé maternité difficile à gérer pour sa carrière, comment cette  future maman vivra-t-elle sa grossesse à ventre vide ? C’est bien cette même question qui risque de se poser pour les couples d’hommes qui ne manqueront pas de s’intéresser de près au déroulement de la grossesse qui va donner naissance à leur enfant. Le modèle de l’homme enceint est sans doute intéressant pour toutes ces situations car, pour l’homme qui va devenir père, le siège de la grossesse ne se situe pas dans son ventre mais bien dans sa tête.

Penser [3]

Métis, la Titanide, se jouait de la convoitise de Zeus. Elle se métamorphosait sans cesse afin de lui échapper. Cependant Zeus parvint un jour à ses fins et put la féconder. L'oracle déclara que l'enfant serait une fille mais prédit que la prochaine grossesse de Métis donnerait naissance à un garçon qui détrônerait son père. Afin de s'éviter un tel désagrément, Zeus décida d'avaler Métis déjà grosse. Quelques mois plus tard, alors qu'il se promenait au bord du lac Triton, Zeus fut pris d'un violent mal de tête qui le fit hurler de douleur. Alerté, Hermès arriva en courant et, ayant deviné l'origine de ce mal, obligea Héphaïstos à ouvrir, à l'aide d'un coin et d'un marteau, une brèche dans le crâne du dieu. De là, sortit dans un cri, tout en armes, Athéna, la déesse aux yeux étincelants.

Ce mythe est une belle métaphore de l'homme enceint. Une fois incorporée la fonction féminine de gestation,  le seul nid possible qu'un homme puisse aménager pour son enfant reste sa tête, c'est-à-dire le siège de ses pensées ; et c'est aussi de la tête de son père que l'enfant naît, tout habillé des fantasmes de puissance qui habitent ce dernier. Il n'y a cependant pas beaucoup d'autres possibilités laissées à l'homme que celles de réfléchir, imaginer, s'angoisser, rêver, se souvenir, bref faire travailler sa tête pour se préparer à devenir père. 

Contrairement à nos conceptions purement scientifiques, partout ailleurs dans le monde, il est aussi important de penser sa grossesse que d'en surveiller le bon déroulement physique. Ainsi les arandas d'Australie séparent complètement les processus physique, spirituel et charnel de la reproduction. Pour ces aborigènes, concevoir un enfant implique d'abord de le rêver ; car là-bas, toute présence, animale ou végétale, est habitée par un esprit-enfant issu de la poussière du désert ; grâce au rêve, un de ces esprits vient animer la masse informe qui pousse dans le ventre des femmes [4].

Chez les arandas, comme d'ailleurs dans presque tout le monde océanien, l'homme rêve autant que la femme. Le processus spirituel de la reproduction lui appartient donc aussi en propre, ce qui l'oblige à s'impliquer dès la grossesse. L'homme moderne ne devrait rien avoir à lui envier : un enfant, aujourd'hui, se fait, s'attend et se rêve à deux. Il est donc rare que l'enfant ne naisse pas d'abord dans la tête de ses parents, dans leurs rêves, leurs prédictions, leurs désirs partagés, avant de naître au monde.

Perdu entre ses actes et ses pensées, l'homme se doit de réussir cette métamorphose qui fait de lui un père. Tout cela implique des réaménagements vis-à-vis de soi-même mais aussi de son entourage qui n'est pas toujours là pour lui faciliter la tâche ; avec, à l'origine, cette évidence que notre société occidentale a depuis longtemps refoulée : donner la vie c'est aussi donner la mort.

Donner la vie c'est aussi donner la mort

Si un futur père existe c'est bien parce qu'il pense ; c'est peut être même la seule façon pour lui de s'approprier le processus en cours. En effet, s'il n'éprouve aucune sensation physique à partager avec le bébé qui pousse dans le sanctuaire inaccessible, en matière de sensations mentales, en revanche, rien ne vient l'entraver. Et, s'il est bon théoricien, cet accès au savoir est plutôt générateur d'angoisse.

Première pensée : l'enfant qu'il a conçu devra mourir un jour. 

Deuxième pensée : si son enfant doit mourir, il a toutes les chances, lui, de mourir avant.

Cependant, une fois ces vérités assénées, quel avantage aurait-on à ternir un événement heureux avec des considérations aussi sombres ? Donner la vie c'est donner la vie et rien d'autre ! 

Mais voilà ; confrontés à une situation de grossesse, bien des hommes s’angoissent et s’imaginent le pire pour le bébé qui va naître. Il s'agit sans doute de réactions normales. Mais le fil est ténu entre la banale inquiétude et l'angoisse pathologique qui empêche de dormir, fait faire des cauchemars et craindre le pire en permanence. Cette souffrance n'est plus alors le seul apanage des futurs pères et traduit souvent une histoire personnelle ou familiale qu'il devient nécessaire de se remémorer pour comprendre et espérer moins souffrir. C'est le cas de ces grossesses qui surviennent après un événement traumatique, dans un passé proche ou lointain, traumatisme oublié ou au contraire trop présent et qui refait surface à cette occasion. Un nourrisson mort de mort subite, un père, une mère, un frère, une sœur, ravis trop tôt à l'affection des leurs, reviennent jouer les fantômes dans la tête des futurs parents avec des conséquences désastreuses pour l'enfant à naître.

Mais parfois l'angoisse se radicalise et, arrogant, le spectre de la mort nargue sans vergogne l'homme désemparé. Éric Neuhoff va être père pour la première fois ; il lui reste deux mois avant la naissance de son enfant ; il a trente six ans. Dès la préface de son roman l'auteur prévient qu'il lui est dorénavant interdit de mourir. Les nouvelles responsabilités qu'il va devoir assumer ne lui permettent plus, comme à vingt ans, de défier le temps qui passe en jouant avec l'idée de sa mort prochaine. Pourtant, plus avant dans son récit, Éric Neuhoff ne peut s'empêcher d'imaginer : 

Je vais crever d'un infarctus, m'effondrer sur cette table de ping-pong qui me sert de bureau. Cet enfant ne connaîtra pas son père. Je voulais lui offrir ce livre en cadeau de bienvenue et j'en fais un orphelin. (…) Constance est désemparée. (…) Toute seule elle n'a plus de quoi payer le loyer. Elle est jeune. Elle est veuve. (…) Constance découpe les notices nécrologiques en reniflant, les yeux rouges. Elle les montrera à notre enfant. Si je meurs, je ne saurai jamais si elle a accouché d'une fille ou d'un garçon.

Je ne meurs plus [5].

On voit combien il est difficile pour un futur père de ne pas envisager sa propre mort au moment de la naissance de son premier enfant, précisément parce que cet être sans défense va devoir être l'objet des soins les plus attentifs. Une façon comme une autre de se soustraire à cet incroyable pari fait à soi-même de donner la vie. Les liens qu'entretient la mort avec la naissance sont universels. Ces liens peuvent s'exprimer dans cette attitude qui consiste à s'angoisser pour soi-même ou dans l'attitude inverse qui consiste à s'angoisser pour l'enfant à naître.

Lutte 

En donnant la vie, on inscrit en filigrane non seulement sa propre mort mais aussi celle de son enfant et ce, de façon plus ou moins violente. En effet, une naissance peut parfois devenir pour le père une véritable lutte  entre lui et l'enfant à naître, où désirs de vie et désirs de mort s'entremêlent. Chez les mères, les enjeux de cette lutte sont plus clairs. Elles ont, dans la mesure où leur corps est le siège de la grossesse, tout pouvoir sur le fœtus. Ce pouvoir s'exprime quelques fois très concrètement lorsqu'elles décident d'avorter, éventuellement sans l'avis du procréateur, ou d'autres fois à leur insu, lors d'une fausse-couche. Chez les pères, en revanche, à moins d'en finir radicalement avec mère et enfant, cette lutte se manifeste uniquement dans le champ de la pensée, ce qui leur complique redoutablement la tâche.

Car, si l'angoisse se partage équitablement entre future mère et futur père, la dimension de lutte imaginaire avec le fœtus reste, en revanche, l'affaire de ce dernier. On la retrouve dans la crainte fantasmatique, partagée par bon nombre d'hommes, qu'à l'occasion d'un coït, le fœtus ne leur sectionne la verge d'un coup de dent ou, aspect inversé de la même problématique, que leur verge provoque des microtraumatismes non sans conséquence pour le futur bébé. De ces angoisses, la future mère est exclue, comme si son état de femme enceinte la préservait. La sensation de plénitude souvent évoquée par les femmes implique de donner un autre statut à l'enfant.

Voilà bien des raisons suffisantes, inconscientes il va de soi, pour ne pas voir d'un œil seulement attendri la venue au monde de son enfant.

La pénombre règne. L'atmosphère est étouffante. Je suffoque. Je suis sous la terre, à l'intérieur d'une mine. Tous les gens qui m'entourent ont la gueule noire. C'est sûrement une mine puisqu'il y a des wagonnets posés sur un circuit de rails qui s'enfoncent dans des profondeurs abyssales. C'est comme dans un film de James Bond. Un univers souterrain se livre à des activités illicites qui, si personne n'intervient, risquent de faire courir un grand péril à l'humanité entière. Il y a aussi une étendue d'eau, dangereuse. J'ai le sentiment vague que je cours un grand danger si je persiste à rester. Seulement voilà, je ne sais absolument pas comment trouver la sortie. Très précautionneusement, je me faufile vers un des wagonnets stationné à proximité dans l'intention de m'y dissimuler. Lorsque mon regard se porte à l'intérieur, un frisson d'horreur me parcours l'échine. Le wagonnet est déjà occupé par une masse informe qui rappelle vaguement un fœtus.

Toute la problématique ou presque inhérente à l’état d'homme enceint, se trouve condensée dans ce rêve : l'univers souterrain qui n'est pas sans rappeler le monde des morts ou le ventre maternel, le wagonnet, ventre à l'intérieur du ventre, l'étendue d'eau, l'impression de grand danger et la volonté de s'en sortir, enfin la découverte du monstre fœtus qui vient contrecarrer tous ses plans d'évasion.

 Ces rêves terrifiants sont assez fréquents pendant la grossesse et traduisent cette lutte imaginaire qui s'instaure entre le fœtus et le futur père, préparation psychique nécessaire à la venue au monde d'un enfant. 

Ils peuvent concerner des monstres qui viennent se nicher dans le ventre, à la place du fœtus. Certains films de science-fiction ont d'ailleurs magnifiquement servi ce thème. Alien, de Ridley Scott, raconte un voyage interplanétaire au cours duquel un astronaute est fécondé par une chose indéfinissable. Il va donner naissance à un monstre qui sème la terreur à bord du vaisseau spatial. 

Ils peuvent aussi faire envier au futur père la place occupée par le fœtus, eldorado à jamais perdu, wagonnet qui devient l'unique échappatoire à un univers hostile.

D'autres rêves, ceux-là plus doux, peuvent également habiter les nuits d'un futur père. Même s'il témoignent de l'usure du temps, de la nostalgie de l'enfance perdue, ils contiennent une part de bonheur tirée du sentiment de transmettre une certaine continuité, de s’inscrire dans la succession des générations.

Souvenirs

Ces évocations nostalgiques traduisent aussi un état particulier des futurs pères qui les contraint au souvenir. On retrouve cette même insistance chez Éric Neuhoff dont le roman est une reconstitution de sa vie jusqu'à la grossesse de sa femme, par accumulation de souvenirs, comme autant de fulgurances de sa mémoire. Ses souvenirs concernent en particulier les différents lieux de son enfance dont la maison familiale du Lot où il revient, l'été avant la naissance de son bébé, écrire une partie de son roman.

Parfois, les souvenirs sont en panne, précisément parce qu'ils sont douloureux. Le pèlerinage sur les lieux de l'enfance prend alors une expression étrange. M. B. a perdu ses deux parents depuis fort longtemps. Il ne garde pas un excellent souvenir de sa mère qui était une femme instable, alcoolique et violente. Il avait d'ailleurs été éloigné d'elle et avait été recueilli par son grand-père maternel qui l'a élevé une partie de son enfance. Son père a longtemps été tenu à l'écart, dans la mesure où il n'était pas le père des six enfants de sa mère mais seulement celui des deux derniers. Lorsque sa mère est morte, des suites de son éthylisme, M. B. a cherché à revoir son père. Il avait alors une quinzaine d'années et retrouvait avec plaisir sa compagnie. Malheureusement ces retrouvailles furent de courte durée, puisque le décès du père survient trois ou quatre années plus tard, laissant M. B. orphelin. À partir de ce jour, commence sa carrière de petit délinquant qui le conduit en prison à plusieurs reprises, et surtout son intempérance à l'alcool qui le rend violent lorsqu'il a bu, autre motif d'incarcération. J'ai rencontré M. B. à la maternité où venait de naître son premier enfant, un garçon. Sa femme avait déjà trois enfants de deux lits différents et avait elle aussi vécu une existence compliquée. Elle avait 38 ans, M. B. 31 ans. J'ai été conduit à les revoir par la suite puisque, sans domicile fixe, une décision de placement nourricier a été très rapidement prise pour le bébé. Et surtout, je les ai accompagnés lors de la grossesse suivante, un an après, qui cette fois ne s'est pas soldée par le placement de l'enfant, une petite fille. C'est au cours de ces entretiens, que M. B. a commencé à se remémorer son passé douloureux et surtout effectuer quelques pèlerinages qui lui ont permis de rétablir une certaine continuité dans son histoire, faite de ruptures successives. Tout d'abord il est retourné voir la maison de son enfance et son grand-père avec qui il a eu une conversation des plus intéressantes sur l'histoire de ses parents. Puis il s'est rendu sur la tombe de son père sur laquelle il ne s'était pas recueilli depuis très longtemps. Enfin, démarche émouvante parce que symbolique de l'admiration enfantine d'un fils pour son père, il est allé revoir, sur le chantier où travaillait son père, la bétonneuse que conduisait ce dernier, lui qui a toujours rêvé conduire un tel engin.

Les ruptures qui émaillent le parcours d'une vie, de même que les événements trop longtemps passés sous silence obligent les commémorations inconscientes. Attendre un enfant est souvent l'occasion de dialoguer avec son passé lequel peut rester désespérément muet ; à tel point que certains ne font jamais d'enfants. Il leur faudrait, en effet, une certaine dose de courage pour vaincre les fantômes qui viennent hanter leurs nuits et ne demandent qu'à se réincarner dans l'innocence d'un nouveau-né.

D'autres, en revanche, ne se gênent pas pour convoquer père, grand-père et autres ancêtres, afin de régler leurs comptes au moment de devenir père.

La dette

En 1990, Arthur Joffé réalise Alberto express. C'est l'histoire d'un jeune homme sur le point d'être père qui se réveille en sursaut car il vient de se souvenir qu'il doit absolument tenir la promesse faite à son père au moment où, à l'âge de quinze ans, il a quitté sa famille : lui rembourser intégralement tout ce que son éducation a coûté et ce, avant d'être père à son tour, sous peine de voir s'abattre une terrible malédiction sur lui et sa progéniture. Le jeune homme habite maintenant Paris alors que ses parents vivent toujours à Rome. Il quitte donc précipitamment le domicile conjugal où sa femme est endormie et fonce à la gare de Lyon où il attrape de justesse le dernier express pour Rome. L'essentiel du film raconte ce voyage initiatique d'une nuit au cours duquel Alberto parvient à récolter la somme due mais s'empresse aussitôt de la perdre. Une des scènes les plus émouvantes du film est la découverte par le héros, dans un des compartiments du train, de tous ses ancêtres hommes, rassemblés là depuis la nuit des temps et qui se reprochent, de père en fils, de ne pas avoir honoré la fameuse dette. Finalement soulagé par cette découverte, Alberto retrouve son père qui est chauffeur de taxi et à qui il annonce que sa femme est sur le point d'accoucher. Père et fils repartent donc en taxi à Paris où ils arrivent à point nommé pour la naissance du bébé. Le film se termine sur un gros plan de l'étiquette où figure le prix du jouet, cadeau de naissance d'Alberto.

 La dimension volontiers onirique de son film permet à Arthur Joffé de cerner ce qu'est le travail psychique d'un homme sur le point d'être père. De nombreux thèmes de l'attente de paternité y sont abordés, qui restent autant de questions posées à l'homme dans cette situation. Il faut dire qu'Arthur Joffé connaissait bien le problème lorsqu'il a écrit, dans l'urgence, le scénario de son film puisqu'il allait devenir père pour la première fois.

Cette question de la dette à rembourser à son père au moment d'être père à son tour est bien évidemment centrale dans la relation de père à fils. Cette dette reste symbolique et sa transmission, de génération en génération, traduit le jeu subtil des identifications, avec comme corollaire le compte impossible à faire de ce qu'on doit à ses ancêtres et de ce qu'on donne à sa progéniture.

Le film d'Arthur Joffé a ainsi l'avantage de représenter quelques constantes propres à faciliter la lecture de ce personnage en quête d'identité. Car une chose est sûre : les actes et les pensées d'un homme enceint concourent à la transformation, non seulement individuelle mais également sociale, qui fait de lui un père. Nous avons, dans un précédent travail sur la prostitution homosexuelle des garçons, élaboré le concept de processus initiatique pour tenter de comprendre les comportements marginaux de certains adolescents qui rappellent des rituels initiatiques de sociétés traditionnelles [6].

Curieusement, la fatigue éprouvée par l’homme dès le début de la grossesse, parfois jusqu'à garder le lit tant elle est importante, évoque des rituels dont le plus connu est celui de la couvade : l'homme s'alite à la fin de la grossesse de sa femme et va jusqu'à mimer les douleurs d'un enfantement, évidemment symbolique, au moment de l'accouchement [7]. Que peuvent bien signifier ces comportements d'identification à la femme enceinte ? Ne rendent-ils pas compte de la nécessaire liaison entre actes et pensées lorsqu’un homme attend un enfant ?

Le concept de processus initiatique, entre psychanalyse et anthropologie, se réfère non seulement aux représentations sociales de certains actes à portée symbolique, mais aussi au processus psychique individuel qui les sous-tend, les accompagne ou en découle. En l'occurrence, pour la prostitution homosexuelle, la relation qui existe entre un pédophile et un garçon, dans son rapport à l'interaction père/fils, traduirait ce processus psychique.

C’est à titre individuel que chaque adolescent se livre à ces pratiques qui n’ont, dans nos sociétés urbaines, aucune autre inscription que marginale. La part de plus en plus grande laissée à l’initiative individuelle n’implique pas toujours le recours à de telles pratiques marginales pour devenir adulte. Il n’empêche que la question mérite d’être posée pour chaque étape de la vie. Comment l’individu se débrouille-t-il dans la mesure où la diversité est devenue un élément fondamental de la liberté ? Diversité tout aussi présente au niveau de l’expression de la parentalité et plus précisément de la paternalité.

Le tabou de la pédophilie

Curieusement, sans véritablement l’avoir pressenti, il se trouve que, dans le même temps que C. Gauthier-Hamon et moi-même avons travaillé sur cette question, débutait en France une vaste campagne de prévention des abus sexuels. Notre thèse venait heurter de plein fouet ce qui était entrain de s’écrire dans les sociétés urbaines occidentales sous l’impulsion du monde anglo-saxon. Non seulement nous expliquions que l’acte pédophilique ne procédait pas toujours du viol, mais nous soutenions également que l’enfant ne pouvait être confiné dans un statut de victime innocente. Nous n’avions pas saisi ce qui était à l’œuvre dans notre société, et que je vais tenter de décrire.

C’est en travaillant ensuite sur l’accès à la paternité et ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la paternalisation, que je me suis rendu compte de la quasi-simultanéité d’apparition sur la scène sociale des deux figures, celle du pédophile et celle du nouveau père. Comme s’il fallait prévenir les pères qui manifestent de l’intérêt pour le corps de leurs enfants, que celui-ci ne peut pas être un objet de désir sexuel. Comme le tabou de l’inceste a pu structurer les sociétés traditionnelles, on assiste dans nos sociétés nettement plus individualistes, à la naissance d’un autre tabou, tout aussi structurant, celui de la pédophilie où femme et homme, mère et père, se retrouvent aujourd’hui sur le même plan.

En effet, avec les nouvelles formes de parentalités que permet l’AMP, le lien à l’enfant n’est peut-être plus aussi « naturel » qu’il peut apparaître dans le cadre d’une filiation après un rapport sexuel procréateur et, de ce fait, moins protégé des tentations de la chair.

Le prototype de cet interdit se retrouve dans la relation entre beau-père et belle-fille : un homme élève la fille que sa femme a eu d’un autre lit. Lorsque survient l’adolescence de l’enfant, la tentation est trop grande et, ce qui s’est toujours appelé un inceste, se produit. Si cette relation est qualifiée d’incestueuse, ce n’est pas parce que des liens de sang unissent beau-père et belle-fille, mais bien des liens sociaux où, de plus, l’adulte a une position d’autorité sur l’enfant. Dans le même ordre d’idées, de plus en plus fréquemment, des histoires d’agression sexuelle commise sur des enfants par leur père sont alléguées par les mères qui veulent obtenir la garde des enfants lorsque le couple divorce. Dans ces histoires qui se retrouvent à longueur de média ou de procédure judiciaire, c’est toujours l’homme qui est désigné derrière le père, comme incapable de réfréner ses désirs sexuels. Ce qui est aussi soupçonné lorsqu’un couple d’hommes veut avoir un enfant. Dans le Dictionnaire de l’homophobie, l’article sur la pédophilie (que j’ai rédigé) reprend ce soupçon qui veut que l’homosexuel masculin qui désire être père pourrait être un pédophile susceptible de passer à l’acte [8]. À l’inverse, une étude américaine aurait montré que, plus les pères s’occupent tôt de leur enfant, en exerçant une position maternante, moins ils ont de chance de devenir incestueux. Comme si exercer une fonction maternante protégeait du désir sexuel du corps de l’enfant.

Cette construction, qu’on pourrait qualifier de « culturelle », est-elle toujours aussi pertinente maintenant que le procès d’Outreau a montré qu’une mère, Myriam Badaoui, pouvait avoir avec ses propres enfants et ceux des autres, des relations sexuelles ? Bien sûr les cliniciens connaissaient cette éventualité, sans que la production scientifique dans ce domaine n’atteigne cependant celle où les hommes sont impliqués. Mais les journalistes et le grand public l’ont appris avec stupeur à l’occasion de ce procès retentissant. Un autre événement récent, la sortie du dernier roman de John Irving, Je te retrouverai, vient aussi lever le voile sur ce non-dit aussi fort que le silence de jadis sur les relations entre un homme incestueux ou pédophile et un enfant. En effet, ce roman, autobiographique pour ce qui est de l’agression sexuelle, fait la peau à cette idée reçue qu’il est impossible pour une femme de violer un garçon s’il n’est pas consentant et ce, du fait qu’il ne pourrait pas être en érection. John Irving explique très bien l’excitation sexuelle ressentie par le héros de son livre, Jack Burns, lorsque, âgé de onze ans, il est dans l’impossibilité de comprendre ce que la femme de trente ans fait de son sexe en érection. Et c’est bien cette incompréhension qui conduira Jack auprès d’un psy pour soigner ce traumatisme. Lorsqu’on sait que la mère du héros devient lesbienne lorsque celui-ci est enfant et qu’elle lui a toujours interdit l’accès à son père, on ne peut qu’être intéressé par l’histoire de Jack et ce, d’autant plus lorsqu’on apprend qu’elle a séduit un garçon de treize ans, lequel s’est suicidé après qu’elle l’a quitté. On a là tous les ingrédients pour l’écriture d’un mythe moderne, transposable à celui d’Œdipe, où Laïos, son père qui a séduit le jeune Chrysippe, lequel s’est ensuite suicidé, serait ici une mère lesbienne qui meurt en enjoignant à son fils de faire l’amour avec sa compagne [9].

Cet accent mis aujourd’hui sur les actes de pédophilie a une fonction bien précise. À l’heure où la famille, au sens traditionnel du terme, évolue vers des formes nouvelles et où avoir un enfant est beaucoup plus porté par la conjonction de deux désirs individuels, voire, parfois, d’un seul, plutôt que par le simple fait de se reproduire, il convient de baliser ces désirs d’enfant autrement qu’au travers du tabou de l’inceste, qui ne serait plus si opérant dans ces nouvelles formes de parentalités. Et pour que ces désirs ne puissent en aucun cas devenir subversifs, ils se retrouvent réprimés dans un autre tabou, qui devient tout aussi sacré que celui de l’inceste, celui de la pédophilie.

Être parent : une démarche individuelle

Tous les sociologues qui travaillent sur la famille ont montré son évolution depuis plus d’un siècle. À côté de la famille traditionnelle de nouvelles expressions voient le jour : famille monoparentale, famille recomposée, famille homoparentale... De plus, même dans le cas de familles classiques, la situation matrimoniale des parents n’est pas forcément identique s’ils sont mariés ou s’ils vivent en union libre. Sans compter les divorces ou les arrangements personnels, lorsque les parents n’habitent pas ensemble, soit pour des raisons professionnelles, soit qu’ils sont adolescents et dépendent financièrement chacun de leur propre famille, etc....

Dans le cas de familles recomposées, lorsque la mère qui a la garde des enfants noue une relation durable avec un homme, celui-ci a toutes les chances d’occuper une place de père pour les enfants de sa compagne et, parfois, de façon plus affirmée que celle qu’il occupe avec ses propres enfants qui ne vivent pas sous son toit. Le cas n’est pas si rare où une véritable relation se noue entre un homme, père par ailleurs, et les enfants de sa compagne à tel point que cet homme se pose la question d’en faire aussi ses héritiers et, en cas de séparation, souhaite maintenir une relation avec eux.

Cela montre combien il est difficile pour un homme de devenir père et surtout de le rester. Les divorces sont là pour en témoigner. Encore dans l’immense majorité des cas (deux sur trois environ), les pères divorcés qui n’ont pas la garde de leurs enfants cessent de les voir de façon régulière, passée la première année de séparation. Ce constat est cruel mais rejoint celui fait à propos des familles recomposées. Le sentiment de paternité s’entretient et s’éprouve au quotidien. Tel père absent auprès de ses propres enfants peut s’occuper avec dévouement d’enfants qui ne sont pas les siens. De qui est-il alors le père ? Le père est rejoint sur ce terrain par d’autres parent, comme le compagnon ou la compagne d’un couple homosexuel quei se voit privé du droit de voir des enfants qu’ils auraient reconnus comme les leurs dans le cadre de leur couple homosexuel.

F. de Singly reconnaît cette diversité de situations où l’individu prime sur le système familial. D’après lui, si pendant longtemps le rôle de la famille a été de transmettre un patrimoine à la fois économique et moral, le réseau relationnel qui la compose aujourd’hui tend à privilégier l’individu et lui assurer son épanouissement tant au niveau des relations conjugales qu’à celui des relations entre parents et enfants [10]. Cet abord de la famille traduit l’accent mis, dans nos sociétés occidentales, sur le bonheur individuel, bonheur qui se cherche autant au dehors qu’au dedans de soi.

C’est sans doute la raison pour laquelle les minorités, qui jusque-là n’avaient pas réellement voix au chapitre, revendiquent haut et fort leur droit à la différence et au bonheur. Et ce sont probablement les femmes qui, les premières, ont ouvert la brèche. Si le terme de minorité ne leur convient pas puisqu’elles sont majoritaires sur cette terre, il faut cependant dire qu’elles ont été et sont encore dominées, au niveau social, par les hommes. Fortes de ce double constat, elles ont, à la fin du XIXéme siècle, commencé un large mouvement d’émancipation qui a, sans conteste, porté ses fruits et entraîné une recomposition des rôles masculin et féminin. À partir de ce mouvement, d’autres ont vu le jour dont celui des homosexuels qui ont demandé une reconnaissance sociale et se sont forgés une identité au nom de leurs différences [11].

C’est bien l’avènement de l’individu et de la recherche toute personnelle de son bonheur qui a pu permettre tous ces bouleversements. Et du même coup, les progrès de la médecine aidant, les homosexuels qui vivent en couple se prennent à penser, au nom de ce bonheur individuel, qu’ils pourraient non plus seulement avoir, mais aussi faire des enfants.

La parenté homosexuelle

En 1991, je publiai, avec F. Moreau, un article qui évoquait cette question sous un angle anthropologique [12]. Avec l’avènement des méthodes d’AMP, il devenait possible d’assimiler couple homosexuel et couple hétérosexuel stérile :

Jusqu’à ces récents progrès de la technique médicale, les couples homosexuels désirant avoir un enfant avaient recours à des arrangements impliquant l’acceptation d’au moins un rapport hétérosexuel. Ce passage obligatoire par une sexualité conventionnelle inscrivait un tant soit peu l’enfant dans une filiation classique et pouvait mettre l’homosexuel dans une situation de compromissions difficilement acceptable par lui-même et par son partenaire ; et cela devait probablement conduire certains couples à refuser de prendre une telle décision. De plus, l’enfant né dans de telles conditions n’était pas sur un plan légal et au niveau de sa filiation sociale l’enfant d’un couple homosexuel mais soit un enfant de père ou de mère inconnu, soit un enfant ayant un père et une mère mais élevé par un couple homosexuel. Les nouvelles méthodes de procréation permettent non seulement d’exclure tout rapport sexuel mais aussi d’assimiler couple homosexuel et couple hétérosexuel stérile ; stérilité qui consisterait pour un couple d’hommes en une impossibilité de fécondation doublée d’une impossibilité de nidation et pour un couple de femme en une simple impossibilité de fécondation [13].

Toutes ces questions, un brin provocatrices pour l’époque, se sont pourtant trouvées au centre des débats lorsqu’il a été question de légiférer sur le pacte civil de solidarité (PACS). Avec la reconnaissance légale de leur vie de couple rendue possible grâce au PACS, les homosexuels allaient immanquablement revendiquer le droit de faire des enfants. À ce titre le comité d’éthique reste formel : aucune autorisation d’utiliser les méthodes d’AMP pour les couples homosexuels. L’adoption est toujours possible, à condition, bien sûr, de cacher son homosexualité (c’est-à-dire de déclarer être célibataire) et d’avoir plus de 28 ans. Reste alors comme l’appelle E. Dubreuil, « l’insémination artisanale », qu’une femme lesbienne effectue elle-même avec une seringue sans aiguille en utilisant le sperme d’un ami, en général homosexuel [14].

C’est précisément ce cas de figure qui est présenté dans notre article où nous étudions la façon dont les rapports de parenté se pensent entre  les quatre acteurs que sont le couple de femmes qui désire un enfant et le couple d’hommes dont un est pressenti pour donner son sperme. Une chose est intéressante à noter : il apparaît important que le père de l’enfant à naître soit connu de lui. Même si aucune reconnaissance légale de l’enfant ne lui sera accordée, il importe à tout le monde que cet enfant ait une relation avec son géniteur qu’il appellera « papa ». Néanmoins, en cas de décès de la mère biologique qui, seule, le reconnaît, des dispositions seront prises pour que l’enfant continue à être élevé par l’autre femme du couple, laquelle n’a pourtant d’autre lien avec cet enfant que celui de l’avoir désiré avec la mère biologique. De quoi est fait ce lien ? N’est-il pas proche, en effet, de celui qu’un père se doit de construire avec son bébé, lui qui n’a pas la possibilité de le porter dans son ventre ?

Père biologique et père social

Toutes ces constatations décrivent la diversité des expressions de la paternité et impliquent de faire une distinction qui n’est pas sans conséquence : il existe, lorsqu’une société comme la nôtre prend en compte les désirs de l’individu, une différence notable, entre parent biologique et parent social, sans présager, a priori du rôle qui sera joué par la suite.

Cette distinction a toujours existé, notamment en matière d’adoption, même si, bien souvent, la tendance naturelle des familles était de cacher ses origines à l’enfant. De même lorsque, par le passé, une fille se mariait enceinte d’un homme qui n’était pas son futur mari ou bien déjà mère d’un enfant, la distinction entre paternité biologique et paternité sociale devenait un secret de famille et n’était en aucun cas, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui, assumée. Avec la revendication des couples homosexuels de pouvoir faire des enfants, cette distinction franchit une étape supplémentaire puisqu’une femme pourra se trouver en situation d’être père et un homme, si la possibilité de porter un enfant devient réalisable à terme, en situation d’être mère. Comment pourrons-nous, dans ces conditions, nous y retrouver ?

Le développement des méthodes d’AMP a beaucoup contribué à la redéfinition du cadre de la parenté au regard des liens de filiation. Des ethnologues, comme F. Laborie, J. Marcus-Steiff et J. Moutet s’interrogent sur l’élaboration d’un cadre légal pour répondre à ces nouvelles techniques médicales. Ils proposent de faire la distinction entre parenté sociale et parenté biologique et conseillent de privilégier la première au détriment de la seconde, de privilégier, en somme, la transmission à la reproduction [15].

Cela devrait intéresser tout le monde et pas seulement ceux qui ont recours aux méthodes inventées par la médecine pour pallier une stérilité de couple. Ces ethnologues notent combien avoir un enfant est, dans le monde occidental, extrêmement valorisé. Est-ce donc seulement avoir pour avoir, vision consumériste dans le droit fil du capitalisme triomphant ? Ou bien plutôt avoir pour transmettre, ce qui introduit une dimension affective que les psys ne manqueront pas d’interroger.

Il n’empêche, les hommes ont toujours réfléchi aux différents moyens de vaincre la stérilité qui, si l’on en croit E. E. Evans-Pritchard, peuvent même transformer une femme en homme.

En effet, chez les Nuer du Soudan existait la possibilité d’un mariage homosexuel dans le cas précis où une femme était reconnue stérile. Cette femme, par une transformation sociale, devenait un homme et pouvait, de ce fait, épouser une autre femme. Cette transformation était justifiée par le fait que, dans cette société, chacun était en droit de s’assurer une descendance.

Dans le cas de cette union homosexuelle, la descendance est issue de rapports sexuels entre l’épouse et un géniteur non reconnu comme père. La fonction paternelle est assurée par la femme stérile dont les enfants, ainsi conçus, portent le nom et s’adressent à elle en l’appelant « père » [16] . Ce cas d’espèce est intéressant.

Comme pour toutes les sociétés traditionnelles, il importe aux Nuer de garder une certaine cohérence. Si une femme ne peut pas porter d’enfants dans son ventre, c’est qu’elle peut être assimilée à un homme. Mais si cela est rendu possible par une convention admise collectivement, rien n’est dit par E. E. Evans-Pritchard du destin individuel d’un tel couple et surtout des enfants issus de ce couple. Sans doute personne n’est-il dupe. Il n’empêche. Comment cette femme stérile, devenue homme puis père par une transformation sociale, investit-elle sa descendance ? Opte-t-elle pour des comportements qui ressemblent à ceux d’une mère ou bien joue-t-elle vraiment le rôle d’un père tel qu’il se conçoit dans cette société. Le débat reste entier et je n’ai pas voulu prendre position dans ce travail sur le devenir de la triangulation classique, père-mère-bébé qui est censé être le garant d’un bon développement psychoaffectif pour l’enfant. Sans doute, même dans le cas de parents de même sexe, apparaît-il bien difficile de ne pas offrir à l’enfant ainsi conçu des relations affectives stables avec une personne du sexe opposé à celui de ses parents. Mais cette position raisonnable sera-t-elle toujours de mise ? Et si cela n’était pas, quelles en seront les conséquences sur la santé mentale de ces enfants ? Pas très différente de celle des autres si l’on en croit la thèse de médecine de S. Nadaud, la première du genre en France à traiter des enfants vivant en milieu homoparental [17].

La question est bien là : Est-il encore nécessaire pour faire des enfants qu’un homme et une femme soient impliqués ? N’est-il pas suffisant d’utiliser, in fine, deux cellules reproductrices ? F. Héritier reste ferme :

... Les règles qui commandent la filiation, ce lien nécessaire et de droit dont dépend la reconnaissance de la place de l’enfant dans la famille et dans la société, sont toutes ancrées dans ce que le corps humain, donc la nature humaine, a de plus irréductible : la différence des sexes [18].

Mais à y regarder de près, les revendications des couples homosexuels posent de sérieuses questions non seulement au niveau de la loi et de l’éthique mais aussi au niveau plus profond de l’individu. Ces questions se posent de façon élective au monde occidental mais pourraient bien remettre en question, ce roc irréductible de la différence des sexes et donc l’organisation du monde telle qu’elle est pensée aujourd’hui. À écouter au plus près les désirs individuels, il se pourrait que de nouvelles façons d’être parent voient le jour où l’égalité entre les hommes et les femmes serait totale. Cette volonté d’égalité est déjà très affirmée par les femmes dans le monde du travail et pourrait se traduire, carrière oblige, par leur désir de s’éviter toute grossesse physique, tout en continuant à faire des enfants. Le risque n’est-il pas alors d’assister à la naissance d’une parentalité indifférenciée ?

C’est en tous cas la constatation que nous faisons dans notre article sur la parenté homosexuelle où nous ne manquons pas d’être stupéfaits par les paroles d’une des femmes du couple homosexuel, celle qui ne devait pas porter l’enfant. Elle avait eu des rapports hétérosexuels par le passé et sa compagne était la première femme avec qui elle entretenait des rapports homosexuels. Devant notre étonnement à utiliser un montage aussi complexe pour faire un enfant, elle nous a rétorqué :

 « Si j’avais trouvé un homme ayant les mêmes qualités que ma femme, j’aurai tout aussi bien pu l’épouser. »

C’est pourquoi, dans une société où de tels propos peuvent être tenus, il devient nécessaire de conduire une réflexion sur leur signification.

Le Neutre

J. Butler est une philosophe féministe et lesbienne. Elle s’attache dans un livre inspiré des philosophes français comme S de Beauvoir, M. Foucault, J. Derrida, J. Kristéva et d’autres ou du psychanalyste J. Lacan à revisiter la notion de genre [19]. S’éloignant d’un discours féministe de lutte, qui finalement ne sert qu’à renforcer l’ordre hétérosexuel, J. Butler se demande comment penser le genre autrement que dans la dialectique masculin/féminin. Le genre serait une construction culturelle qui se heurte à des identités troubles qui s’inscrivent dans le corps, comme celle des hermaphrodites, qui se vivent au sein des mouvements d’émancipation, qui se conceptualisent à partir de la linguistique, de la psychanalyse ou même de la biologie, ou qui sont mises en actes au sein des différentes formes que peut prendre la sexualité. Doit-on assigner ces identités obligatoirement du côté du féminin ou du côté du masculin, lorsque leur réalité est ailleurs ? Appliquant le principe de S. de Beauvoir selon lequel on ne naît pas femme, mais on le devient, J. Butler colle ainsi au plus près des désirs individuels et rejoint les vues de G. Deleuze et F. Guattari sur l’Antiœdipe. Cette approche subversive, qui rejoint l’œuvre de M. Foucault et sa critique du biopouvoir, ne peut laisser indifférent le lecteur. Ce n’est, en effet, ni plus ni moins qu’une refonte totale des schémas de penser le masculin et le féminin à laquelle J. Butler nous incite. De quoi largement y perdre son complexe d’Œdipe en chemin. Et, là encore, un troisième sexe ou plutôt un troisième genre, le genre neutre, rejoint nos préoccupations au sujet de l’identité de l’homme enceint, comme d’ailleurs celle du nouveau père.

Pourquoi s’intéresser à ce cheminement de pensée à propos des parents du XXIème siècle ? J’ai pu faire ce constat que devenir père ne résulte pas du simple fait qu’un enfant naît. Il y a, pour traduire ce passage, un véritable processus à l’œuvre qui concerne non seulement le psychisme du futur père mais aussi son comportement. Ce passage interpelle tous les spécialistes de la grossesse, obstétriciens, sages-femmes et psys qui habituellement l’accompagnent. Et c’est sans doute encore plus vrai lorsqu’on s’occupe d’AMP où, comme pour l’adoption, un examen psychologique fait, maintenant, de façon quasi-systématique, partie du protocole.

Les experts sollicités dans ces circonstances construisent des récits qui font référence à la biographie de chaque futur parent, à l’histoire de leur couple et à l’inscription, dans cette histoire, du désir d’enfant. Mais comment pensera-t-on, dans l’avenir, l’histoire d’un couple homosexuel ? Il n’est pas interdit de faire de la médecine fiction maintenant qu’il est concevable d'imaginer de tels couples devenir parent. Sur quelles conceptions se fonder « dans l’intérêt » de l’enfant à naître ? Qu’en est-il du désir d’enfants dans ce cas ? Quelles conséquences sur le développement psycho–affectif d’un enfant entraîne le fait d’avoir des parents du genre « neutre » ? R. Barthes introduit son cours sur le neutre par ces quelques phrases :

L'argument du cours a été le suivant : on a défini comme relevant du Neutre toute inflexion qui esquive ou déjoue la structure paradigmatique, oppositionnelle, du sens, et vise par conséquent à la suspension des données conflictuelles du discours… [20]

Comment penser alors le conflit œdipien, censé structurer tout individu, si le genre neutre vise à la suspension des données conflictuelles du discours ?

C’est d’ailleurs la critique que certains psys ne manquent pas de faire, autant lorsqu’il est question d’homoparentalité que lorsqu’il convient de rappeler à l’ordre ces nouveaux pères, par trop maternants. Et je sais bien de quoi je parle, lorsque S. Lebovici dans la préface de mon livre, Neuf mois pour être père, écrivait, en 1994 :

La description relativement récente de l’identité sexuée ou identité de genre (gender identity) montre qu’elle est, de toute façon, établie très tôt dans la vie de chacun. Ainsi l’homme est-il condamné à être père de père en fils et de fils en père. L’étude des résultats des interventions en vue de transformer le sexe anatomique des transsexuels, autorisés à changer d’identité, montre que le fait de s’appeler Mme X ne vous transforme ni en femme X ni en mère X. Il s’agit là d’un argument, fondamental selon nous, pour qu’on ne consente pas à donner des enfants aux couples d’homosexuel(le)s [21].

Pour conclure

Contrairement aux sociétés traditionnelles qui ritualisent les événements les plus importants de la vie d'un individu en les incluant dans la vie collective, nos sociétés laissent à chacun le soin de se débrouiller avec ces passages que sont la grossesse et l'accouchement, la naissance et l'enfance, l'adolescence, les fiançailles et le mariage, les funérailles [22]. Il devient alors très difficile de se référer à un modèle qui fait défaut et toute une gamme de comportements se retrouve dont la fonction est de répondre à une double question : comment devient-on parent pour soi et pour les autres, le seul fait d'engendrer n'étant en aucun cas une réponse suffisante ?

Dans le tissu social si lâche de nos métropoles, il ne reste pas grand-chose à quoi se raccrocher en dehors d'une réflexion sur soi-même qui est censée donner à l'homme moderne les clés de la réussite personnelle. Cet individualisme, qui met l’accent sur le désir d’enfant et non plus sur la conjugalité, pourrait bien voir agiter de plus en plus le spectre de la pédophilie, comme pour substituer au tabou de l’inceste, par trop collectif, celui de l’interdit du corps de l’enfant comme objet sexuel, confondant femme et homme, mère et père, dans une indifférenciation qui mérite réflexion. C’est bien alors le désir d’enfant qui devient problématique, plus que le fait d’en avoir ou pas. Qu’en est-il du processus psychique qui va du désir d’enfant au fait d’être parent ?

Le fait que la future mère porte son enfant le temps de sa grossesse, implique une participation du corps qui favorise ce travail, d’autant que la grossesse est l’objet d’un suivi médical de plus en plus sophistiqué. L’homme, lui, se sent bien seul. Certes, quelques maternités prennent en compte cette solitude et tentent de la briser en organisant des groupes de parole afin de permettre aux futurs pères d'exprimer ce qu'ils ressentent mais elles sont encore l'exception. Ce sont pourtant les premiers pas de la société vers la reconnaissance d'un état spécifique à l'attente de paternité. Ainsi naît l'homme enceint qui donne naissance au nouveau père et leur transposition possible à l’individu, homme ou femme, qui attend un enfant sans le porter dans son ventre.

Angoisses, rêves, souvenirs sont autant de traductions du processus psychique à l'œuvre chez un futur père. Ils sont parfois révélateurs de conflits inconscients non élaborés, mais tout comme pour l'adolescence, ils sont aussi les garants de la véritable métamorphose qui s'opère chez tout individu qui doit assumer son rôle de parent. Ils ont leur pendant dans certains actes commis par les futurs pères, dont la finalité est de favoriser ce passage de l'existence : actes symboliques comme quitter sa femme au début de la grossesse pour revenir à la fin, avoir des aventures extraconjugales, prendre du poids, etc. ou actes de plus en plus prescrits par la société comme la présence du futur père aux visites prénatales, aux cours d’accouchement sans douleur, aux échographies et jusqu’à l’accouchement où, de façon quasi-rituelle, c’est maintenant le père qui coupe le cordon ombilical. Il apparaît intéressant à remarquer que, de nos jours et sous nos latitudes, cette attente n'est plus ritualisée mais se pratique à l'échelle individuelle sans autre appui que ceux qui sont proposés par les médecins ou autres psys dans le lieu privé du cabinet de consultation ; remarque encore plus évidente pour des parents qui auront le même sexe et recourront aux méthodes d’AMP.

 

Il est certain que la distinction faite entre parenté biologique et parenté sociale apparaît, dans ce cas, primordiale, tout comme l’est le processus décrit pour devenir père. En somme, la conception et la grossesse qui deviennent de plus en plus techniques restent difficilement déchiffrables au regard du désir de l’individu, si ce n’est à consentir une place de choix au travail psychique et à sa représentation sociale. L’accompagnement de ce processus par les « spécialistes passeurs » que sont les sages-femmes, les obstétriciens ou les psys devra donc suivre les pensées et les actes des parents du XXIème siècle qui attendent la venue au monde d’un enfant. Car le futur père ne sera pas le seul à se débrouiller avec ce moment délicat. Il sera suivi par d’autres individus qui revendiqueront de façon plus vindicative une place à part entière dans la grande aventure qui consiste à donner la vie et, ainsi, à devenir parent. C’est dire si des distinctions subtiles vont devoir être faites et c’est dire également que devenir père ou mère devra impliquer un réel travail psychique dont le modèle de l’homme enceint rend bien compte. Car pour continuer à appeler « un chat, un chat », il est possible qu’on invente une autre langue où les accords entre masculin et féminin ne répondront plus aux mêmes règles, où devenir père ou mère pourrait se rejoindre dans un même mouvement d’accès à la parentalité, état « neutre » de parent qui, selon R. Barthes, ne (correspond) pas forcément à l'image plate, foncièrement dépréciée qu'en a la Doxa, mais( peut) constituer une valeur forte, active.

[1] Ce texte reprend un précédent travail paru dans un ouvrage collectif sous la direction de C. Bergeret-Amselek. R. Teboul : « Devenir père : un modèle pour devenir parent au XXIème siècle », Devenir parent en l’an 2000, Paris, Desclée de Brouwer, 1999, p. 223-248. Il s’actualise ici sur la question de l’homoparentalité.

[2] R. Teboul : Neuf mois pour être père, Paris, Calmann-Lévy, 1994.

[3] Tout ce qui concerne la description du travail psychique de l’homme enceint reprend les développements d’un article publié en 1995 : R. Teboul : “Grossesse et processus psychique chez le futur père“, L’Information Psychiatrique, 71, 9, 1995, p. 857-863.

[4] M. Moïsseeff : "L'Indépendance entre sexualité et procréation : un mythe de la culture occidentale", Sexualité, mythes et culture, Paris, L'Harmattan, 1990, p. 53-73.

[5] É. Neuhoff : Comme Hier, Paris, Albin Michel, 1993.

[6] C. Gauthier-Hamon et R. Teboul : Entre père et fils : la prostitution homosexuelle des garçons, Paris, PUF, "Le Fil Rouge", 1988.

[7] B. This : Le Père : acte de naissance, Paris, Points - Seuil, 1980, p. 175-205.

[8] R. Teboul : « Pédophilie », Dictionnaire de l’homophobie, sous la direction de L.G. Tin, Paris, PUF, 2003, p. 307-309.

[9] J. Irving : Je te retrouverai, Paris, Seuil, 2006.

[10] F. de Singly : Le Soi, le couple et la famille, Paris, Nathan, 1993.

[11] Voir à ce propos R. Teboul : Les Anges du Père-Lachaise ont de drôles de sourires - Approche ethnologique d’un lieu de drague homosexuelle à Paris, Mémoire pour la maîtrise d’Ethnologie, Paris X Nanterre, 1989.

[12] F. Moreau, R. Teboul : “ Un enfant pour un couple homosexuel ? La parenté homosexuelle“, Nervure, 4, 6, 1991, p.76- 81.

[13] Ibid. p. 76.

[14] E. Dubreuil : Des parents du même sexe, Paris, Odile Jacob, 1998.

[15] F. Laborie, J. Marcus-Steiff, J. Moutet : “ Procréation et filiation“, L’Homme, 25, 3,1985, p. 5-38.

[16] E. E. Evans-Pritchard : Parenté et mariage chez les Nuer, Payot, Paris, 1973, p. 140-141.

[17] S. Nadaud : Approche psychologique et comportementale des enfants vivant en milieu homoparental, Thèse pour le diplôme d’état de docteur en médecine, Bordeaux, 2000.

[18] F. Héritier-Augé : “La Cuisse de Jupiter“, L’Homme,  25, 2, 1985, p. 6.

[19] J. Butler : Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, Paris, La Découverte, 2005.

[20] cours et séminaires au Collège de France de Roland Barthes, sous la direction d'Eric Marty, Seuil, IMEC, coll. "Traces écrites", 2002.[21] R. Teboul : Neuf mois pour être père, Op. Cit., p. IX

[22] A. Van Gennep : Les Rites de passage, 1909, Paris, Picard, 1981.

[23] R. Barthes : « Le Neutre », Op. Cit. 

Bibliographie

Barthes R. : « Le Neutre », Cours au Collège de France (1977-1978), texte établi, annoté et présenté par Thomas Clerc, Les cours et séminaires au Collège de France de Roland Barthes, sous la direction d'Eric Marty, Seuil, IMEC, "Traces écrites", 2002.
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« Devenir père : un modèle pour devenir parent au XXIème siècle », Devenir parent en l’an 2000, sous la direction de C. Bergeret-Amselek, Paris, Desclée de Brouwer, 1999, p. 223-248.
Van Gennep A. : Les Rites de passage, 1909, Paris, Picard, 1981.

Communication au colloque « Famille, Familles… Famille en société, familles et société… Rupture ? Évolution ? Transition ? » organisé à Bobigny par l’association SAGA, le 7 décembre 2006

Création : 26.01.2015
Mise à jour : 26.02.2015

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