Internet espace d'opacité ou de transparence ?

 

Introduction 

Des médecins, des soignants qui réfléchissent aujourd’hui sur le secret, les confidences, leurs révélations ou non, se posent évidemment la question suivante : de quel secret parle-t-on ? Du secret médical, professionnel, du secret de l’avocat, du secret de la confession, du secret bancaire, des secrets d’Etat ? Ces secrets-là sont codifiés, ils protègent l’individu, la famille, le groupe, l’intérêt collectif. 

A quels moments le secret qui assure protection devient–il un problème pour l’individu ? 

On pense immédiatement aux secrets bien gardés dans les familles, dans la vie des couples, mais aussi dans la vie collective, dans la grande Histoire, jugés toxiques pour l’individu, car enfermant une part de la réalité. Ces processus d’incorporation des non-dits familiaux ont été mis en évidence par les théoriciens du secret de famille, les psychanalystes Nicolas Abraham et Maria Torok [1]  . Ils ont exploré le retour du refoulé, des fantômes qui se manifestent dans les actes la vie ordinaire, les passages à l’acte mais aussi les symptômes morbides au long cours. Ces secrets-là, enfouis, conduisent à des distorsions relationnelles importantes. 

Ces non-dits, tels des fantômes générationnels (squelettes dans le placard) circulent dans la vie quotidienne de nos patients, ils sont comme une expérience traumatisante qui se transmet de générations en générations. Ils sont centrés dans les familles autour des origines, (naissance sous X, décès), des liens conjugaux (tromperies, séparation, violence), de la sexualité (les abus sexuels, homosexualité,…). On les retrouve aussi, autour des maladies jugées honteuses et disqualifiantes (hier, la syphilis, aujourd’hui, le SIDA, les maladies psychiatriques, schizophrénies, le handicap mental, l’autisme). Les secrets touchent également les conditions économiques et sociales, notamment au moment de la perte d’emploi, la mise au chômage, la précarité financière, être SDF, mais aussi l’incarcération. Et puis, enfin, des secrets de famille autour des conduites addictives (l’alcoolisme du père ou bien la toxicomanie d’un grand frère). 

Ce ne sont pas les secrets qui sont en eux-mêmes dérangeants mais bien les mensonges qu’ils entrainent, le clivage du moi et leurs influences transgénérationnelles, fabriquant des zones d’ombre pour l’individu ou tout un groupe humain. 

Nous voyons d’emblée la complexité du thème de ces journées. Nous avons sous-titré « entre dire et taire », pour souligner toute la difficulté pour nous, thérapeutes, dans ce contexte de nous situer. Mais cette complexité ne va pas sans rappeler ce qui se passe dans l’analyse, quand nous demandons au patient de nous dire tout ce qui lui vient à l’esprit, sans modération. Le thérapeute lui, se tait, et cela lui est souvent « reproché », tant il sait que son silence est nécessaire pour l’association libre, pour laisser émerger ce qui a été refoulé dans l’inconscient, secrets, non-dits cadenassés sur plusieurs générations. 

De façon plus pragmatique, « peut-on mourir de dire » Rachel Rosenblum [2] , à quel moment est-il bon de parler au patient, aux familles, sans nuire à leur état, sans aggraver leurs problèmes ? Pourquoi faut-il se taire ? Et entre professionnels, que pouvons-nous partager ? 

Le secret, nous le verrons, a plusieurs dimensions et j’ai choisi pour l’illustrer les nouvelles technologies abondamment utilisées par tous, mais surtout par les jeunes, et qui proposent de nouvelles expressions du secret et de la vérité. 

L’importance des nouvelles technologies 

En peu de temps, depuis les années 1995, nous sommes entrés dans une nouvelle aire de communication, d’échanges, d’informations, d’accès à la connaissance. Avec les nouveaux réseaux sociaux depuis 2005, « Facebook, Twitter », et leur généralisation grandissante – bientôt un milliard de personnes à travers le monde, regroupant tous les publics, jeunes et moins jeunes seront en lien virtuel. Même si nous y résistons, Nous sommes touchés par le phénomène dans notre vie quotidienne, et nous savons que quelque chose a changé, s’est modifié dans notre manière d’échanger des informations et de construire notre relation aux autres. 

Formidables Forums d’échanges et de liberté, marchés des questions et des réponses, y compris celles touchant la santé, physique et mentale, Doctissimo… Foisonnement de connaissances, pas toujours justes, pas toujours vérifiables qui rendent les patients et leurs familles plus exigeants, plus responsables mais aussi, souvent plus angoissés. Pour apprécier cela, Il faut se rappeler tout le mystère qui entourait les diagnostics il y a quelques années, (années 1970), le secret était bien garder y compris vis-à-vis du malade lui-même, lorsqu’il était atteint de pathologie grave, le secret était d’usage, de rigueur. 

Quelle distance entre le silence d’hier et le flot de paroles d’aujourd’hui ! Les patients sont capables parfois d’amener au médecin leur diagnostic, les effets pernicieux de la maladie et tous les effets indésirables des médicaments, etc., car ils sont allés fouiller sur internet, poser des questions sur leur symptômes dans les forums. Dans notre pratique la relation médecin/malade s’en trouve forcement transformée, le patient ne se contente plus du seul colloque singulier. Informations partagées, recherche de vérité, certains y verront une réduction du pouvoir médical.  

L’heure est à la modernité, les usagers s’approprient ce nouvel espace public, le futur n’est-il pas à la consultation en ligne ? Dès à présent, des médecins répondent en ligne et se prêtent à ce jeu de consultation virtuelle. (Pour la téléconsultation… qu’en sera–t-il du secret, des confidences et de la confiance ?). 

I - Internet ou une nouvelle soif de connaissance et d’échanges 

Les nouvelles technologies et leur facilité de manipulation ont aiguisé notre appétit de savoir, de comprendre, mais aussi ont permis de colporter, de divulguer derrière nos écrans des milliers de secrets, et des confidences. Elles satisfont notre envie d’échanger, de partager, de fabriquer des informations vraies ou mensongères, de créer des rumeurs, de faire le BUZZ et de favoriser, en quelques clics, notre goût pour le voyeurisme, notre envie de voir et de se donner à voir à l’autre comme jamais cela n’a été possible jusqu’à présent. 

Les nouvelles technologies modifient plusieurs données : 

1 - deux éléments fondamentaux l’espace et le temps : 
Avec les mails, les SMS, tous les obstacles sont franchis, ils surgissent au bout des doigts, du bout du monde, en un instant et vous surprennent en réunion, en train de faire vos courses ou dans d’autres moments d’intimité. 

Le temps est au présent, l’action est instantanée, la réaction immédiate ; Il n’y a plus de coupure, sauf à éteindre le portable. Le dialogue peut être permanent entre deux individus, à n’importe quelles heures du jour ou de la nuit et de presque tous les points du globe. 

De plus, en quelques clics, sur Twitter et sur Facebook, on peut se manifester, donner un avis à un très grand nombre, dialoguer avec une star, un homme politique et se donner l’illusion d’être un acteur de l’actualité au même rang. 

2 - la liberté d’expression et l’exigence moderne de la transparence 
Vérités et mensonges cohabitent sur le Net, zone d’opacité, zone de transparence, il est difficile d’y voir clair. 

Si Internet crée un espace de liberté, ouvert, clair, dans le même temps il est un espace de fausses révélations, un espace rêvé pour les rumeurs. Internet est un très grand amplificateur de vérités, comme de mensonges, à l’échelle planétaire. Confidences, secrets, vérités, toutes ces notions semblent secouées et ébranlées, et trouvent d’autres définitions. Même si nous restons sur les mêmes fondamentaux, c’est notre rapport à l’autre qui emprunte d’autres chemins, d’autres codes, tant sur le plan personnel, affectif, que professionnel. 

Face à cette déferlante, à ce tsunami d’informations, de possibilités de communiquer, faut-il se réjouir ? 

Très probablement, si l’on pense que la liberté d’expression ainsi conquise est une valeur fondamentale durement acquise dans le monde occidental, et qu’elle semble gagner à présent des groupes d’individus dans des pays qui en étaient privés. 

Ces échanges immédiats, ces informations via Internet ont été un élément majeur et déterminant ces derniers mois dans le soulèvement de ce que l’on a appelé « le printemps arabe » en Tunisie et ailleurs. Un gouvernement, aujourd’hui s’il veut être censeur, doit dompter les informations, contrôler et fermer les réseaux sociaux. Fort de ces moments historiques et planétaires grâce à Internet, l’exigence de la transparence est perçue comme une vertu démocratique [3] . Et aujourd’hui il est difficile pour un gouvernement de garder secret des événements importants qui se déroulent en son sein. 

3 - la transmission des informations
Internet bouleverse le rapport aux nantis, aux détenteurs traditionnels de la connaissance (les professeurs, les savants, les experts, mais aussi les parents), la transmission de la culture se fait sur un mode horizontal plus que vertical. Ceci bouleverse les règles traditionnelles de transmission du savoir. L’enrichissement autodidacte de liens en liens, l’autogestion des informations échappent à la censure parentale. Cela répond aux mutations de la famille depuis une quarantaine d’année. Les jeunes sont souvent en avance sur leurs parents pour utiliser ces nouveaux moyens. Jamais on a autant lu, certes, sur les écrans, autant écrit, Ils sont en totale liberté pour acquérir des informations, des références culturelles de leur choix et rompre ainsi, avec le carcan éducatif des parents. 

II - Le triomphe de l’individuel 

La liberté d’expression sociale s’est déplacée d’une revendication politique, sociétale, groupale, vers une revendication individuelle, personnelle, solitaire. Elle n’est pas sans rapport avec l’individualisme ambiant du monde occidental. Elle commence par « je blog donc je suis», (Michel Stora) [4] , je parle de moi sur les forums, je raconte mon histoire, et elle se généralise à un plus grand groupe sur les réseaux sociaux. 

« Je » se met en scène, « Je » avec ceux qui l’entourent (familles, proches, animaux), tout se dévoile, scènes privées, temps de loisirs, temps forts, évènements familiaux, désirs, secrets. « Je » se donne à voir en toute transparence, sans pudeur, le corps en totalité ou partiellement, jusqu’à l’exhibitionnisme. 

Affirmation de soi sur Internet, triomphe de l’individualisme et en même temps une prise de conscience de sa place au sein de la masse des individus, acuité de son insignifiance face au nombre, voire sentiment de petitesse, entrainant un malaise, un sentiment d’inutilité. Désespoir de ce voir dans ce miroir si particulier, l’écran ! 

« Dis–moi que je suis important » dit l’adolescent, et « dis-moi que je suis différent ! », ce qu’ils découvrent c’est un autre égal à lui-même, avec les mêmes [5] réflexes, les mêmes interrogations, les mêmes confidences, les mêmes secrets, les mêmes attentes ; recherche du même et étonnement de cette rencontre face aux semblables. 

III - La vie privée/vie publique, plus de secret 

Les nouvelles technologies modifient notre rapport à l’autre, et changent la notion de
vie privée/vie publique. 

La vie privée traditionnellement demeurait cachée, discrète, ouverte à un petit groupe choisi, reconnu, proche. Aujourd’hui, Internet émousse les limites entre espace privé (réseaux sociaux) et espace public. Il y a un déplacement et une modification de cette notion de vie privée, un affichage qui aurait précédemment fait peur. Un déballage en tous genres, discussions, forums, et beaucoup moins de difficultés pour aborder ce qui représentait auparavant les secrets de famille (questions sur la maladie, l’homosexualité, les abus sexuels…). En ce sens Internet épouse l’évolution des moeurs, mais aussi à son tour repousse et restructure les liens sociaux, l’évolution des mentalités… Et en se livrant ainsi, l’individu se prive des protections habituelles nécessaires à son évolution, et à sa bonne santé psychique (maison, huis-clos, secrets, …). Cette transparence n’est-elle pas la pire menace pour la liberté individuelle ? Certains ont même pu parler de dictature de la transparence. 

IV - Les paradoxes actuels 

Qu’est ce qui ce passe aujourd’hui dans ce contexte de transparence, d’affichage de soi, comme dans une télé réalité permanente dont nous serions la vedette, n’y aurait-il plus de secret ? En fait, il n’en n’est rien. Ces nouveaux supports engendrent à leur tour d’autres possibilités pour celer la vérité, favoriser le mensonge, dissimuler, permettre un double jeu, une double vie. 

Internet ou l’éloge du mensonge « et si on se disait tout pour de faux » 

1 - Se créer un profil sur le Mur, se donner un pseudo 
Une fausse transparence ou comment se réapproprier le monde en avançant masqué. 

Sur Internet, on peut mentir, prêcher le faux pour obtenir le vrai ou parler masqué à une personne qui peut également être masquée. Tout est possible : s’inventer une identité, avec un pseudo et jouer avec cette identité. Se présenter tel qu’on aimerait être, créer, produire une image de soi idéalisée ou une image diamétralement opposée, agressive et violente. Qui parle vraiment et à qui, d’où parle-t-il ? Beaucoup de personnes mentent sur Face book, le plus souvent plus pour se protéger que pour nuire. Les fondateurs du réseau ne parlent jamais de vérité mais de transparence. Identités multiples qui enrichissent la vraie vie et la nourrissent à leur tour. « Tout mensonge emporte avec lui un désir », écrit le psychanalyste, Juan David Nasio. Pour ces milliers de personnes sur les réseaux sociaux, Facebook fait partie de leur vie. Leur image idéalisée ou non qui y figure, leur biographie vraie ou falsifiée affichée sur leur Mur, font partie intégrante, pour un temps de leur vie ; complexité du vrai, du faux, constructions virtuelles modifiant à leur tour la vie réelle. 

2 - le nouveau relationnel sur internet 
Avoir 800 contacts, se tailler un royaume virtuel, lever une armée amicale au seul éclat de son verbe en postant ses textes sur le Mur et passer des heures ensuite à balayer, à refuser les uns, jeter les autres « je te jette », mis à la corbeille d’un simple clic ou « je te refuse comme ami ». Dans le monde virtuel le sentiment de toute-puissance resurgit, derrière l’écran, je suis ce héros, sans peur car sans confrontation. 

3 - répondre à un profil, en tomber amoureux [6]  : -les mensonges, les faux profils [7] 
On peut tomber amoureux, d’un autre virtuellement, « je suis addict de toi » 

Retirer du plaisir de cette relation virtuelle ; mais qui est derrière le pseudo ? On ne peut jamais être sûr des réponses (on ment sur le poids, sur la taille etc.). 

« Tomber amoureux d’une fille et découvrir que c’est un homme. Patatras ! Petit ou gros mensonge font des dégâts. « Etre totalement amoureuse d’un mec et apprendre au final qu’il est pris », chagrin, larmes réelles pour amour virtuel, et puis découvrir : « c’est ma meilleure amie qui s’est fait passer pour « l’être aimé»… Effondrement, comment faire confiance après ça ? Comment réparer un chagrin éprouvé pour un être
virtuel ? 

« Parfois je me prends réellement pour mon personnage », illusion. Comment faire avec un faux profil auquel les autres s’attache ? Que faire d’un personnage totalement créé, qui devient encombrant ? « Amédée ou comment s’en débarrasser [8] ». Pris à son propre jeu ! 

On le voit, c’est une nouvelle clinique qui s’ouvre à nous ! Le partage de soi avec les autres, le jeu des faux profils, n’est pas sans danger. 

V - Les dangers pour aujourd’hui et demain 

Beaucoup s’inquiètent de la quantité d’informations livrées ainsi sur les réseaux sociaux, les jeunes qui s’affichent aujourd’hui, que penseront-ils demain de tant de révélations ? 

On peut se demander si, après ce temps si doux de liberté et de partage, les individus se révélant ainsi à un très grand nombre, ne vont pas être assujettis dans les années suivantes, voire contraints et enfermés dans ces informations, ces confidences données sur eux-mêmes. 

Toute information divulguée représente un danger potentiel pour la personne. 

Toute information connue sur la sphère privée se répand, rien ne peut l’arrêter. Ainsi, les images, les confidences sont livrés aux regards de tous, sans fin. Exemple : Cette jeune fille qui se filme en train de se caresser les seins pour séduire son ami, celui-ci ne comprend pas le message, fanfaronne en diffusant les images intimes sur le Net. Elles font le tour du lycée et plus, véritable bouteille à la mer, progression vertigineuse, humiliation sans point final possible. Une violence non maitrisable est possible. La rapidité des échanges, leur instantanéité favorise la dilution du sens de l’intimité et de la pudeur. Dans tous les domaines, cela nous rappelle que la société a besoin d’une dose d’opacité, d’un espace privé sinon il y un risque de dérapage. 

1 - La surexposition des données et des vies 
Nous vivons dans une société surexposée dans tous les domaines et en premier lieu une surexposition de la vie privée ;

Nous livrons une quantité d’informations personnelles, notamment sur les réseaux sociaux ; nous contribuons à diffuser nos données personnelles de clics en clic, et la mise en lien en permanence accroit à son tour, la surexposition de la vie privée. 

A travers nos email, nos recherches sur le Net, à travers les espaces publicitaires ou commerciaux que nous fréquentons, les achats en ligne, les forums. Nous sommes vite fichés, connus et reconnus. 

Sur le Net, chaque fois que nous y allons, nous laissons des traces qui disent tout de nous. On peut à présent reconstruire une biographie à partir de ces traces, avec la description de nos envies, de nos besoins, de nos questions, de nos angoisses. Nos cartes bleues finissent le travail, ainsi que nos portables qui nous localisent, affinent les parcours. 

Sans oublier les caméras, les vidéos qui, dans les ascenseurs ou sur les places publiques, nous enregistrent au passage, et le PASS, et la carte vitale, les données concernant le patient (les fichiers…hébergement des informations médicales). 

Que reste-il de notre intimité, de notre part cachée ? Avoir un espace privé n’est-ce pas une utopie aujourd’hui ? Ce qui nous console c’est la démocratie ambiante. Car si demain on basculait dans un régime totalitaire répressif, toutes ces informations connues et retenues pourraient devenir pour certains d’entre nous redoutables. Allons-nous vers une société de surveillance constante, pour laquelle sans nous en apercevoir, nous donnons notre accord ? 

2 - Les aspects positifs du secret 
Paradoxalement tous ces comportements, ces mensonges, ces fausses identités, sur Internet font l’éloge de l’intime, soulignent l’importance du pour soi, du personnel, et réactualisent les bienfaits du secret pour ne pas devenir fou. Dans notre vie psychique il est nécessaire d’avoir le sentiment qu’une part de nous-mêmes reste secrète aux autres. Avoir une pensée pour soi, de soi à soi, une part incompressible de silence et de secret, un espace de liberté protégé sans intrusion. Sinon c’est intolérable, ceux de nos patients qui pensent qu’on devine leur pensée connaissent une grande souffrance. Rien n’est plus diabolique que de penser que les autres puissent connaitre vos pensées, les deviner. C’est la psychose et tout le monde autour de soi devient hostile, menaçant [9] . L’intégrité psychique est en danger. 

Conclusion 

Soigner à l’heure du virtuel omniprésent commence à poser de nouveaux problèmes. Autant du côté des soignants que du côté que des individus et des liens qu’ils créent vrais ou faux. Nous sommes au balbutiement des problèmes posés par l’usage d’Internet aux familles, aux usagers, aux couples (amour, adultères virtuels ou initiés sur le Net). 

Apprendre à vivre avec les ordinateurs, les Smartphones, les réseaux sociaux, c’est aussi la rançon de la liberté, il ne faut pas devenir méfiant pour autant. Internet est une fenêtre qu’il convient de laisser ouverte ! La fin d’Internet n’est pas envisageable, la fin des secrets, des mensonges, des sentiments amoureux, des fantasmes non plus. Internet n’est qu’un outil, un révélateur qui rappelle combien le secret peut être protecteur, structurant et combien la transparence à tout prix est dangereuse. 

Internet est un moyen moderne où l’on redécouvre que les enjeux, les jeux relationnels, les comportements sont les mêmes depuis toujours. Ce qui varie c’est une plus grande exposition et surtout une tendance à l’expansion : on peut parler d’un effet papillon avec la mondialisation. 

L’identité se construit autour de l’intime, du caché, un monde personnel intime où pensées, rêves, fantasmes, restent secrets, ce qui est fondamental pour la santé mentale. 

La relation virtuelle est une relation réelle. Vivre aujourd’hui, sa vie réellement et intensément passe par ces moments sur la toile, ces constructions virtuelles de soi, ces faux profils que l’on crée, ces secrets, ces mensonges ou ces confidences, ces questions lancées sur Twitter. A chacun sa vérité disait Pirendello, à chacun sa vie qui comprend, à présent, le réel et le virtuel et pour laquelle une part de secret est nécessaire. 

1 Abraham N, Torok M, L’écorce et le noyau, Paris, Aubier, 1978
2 Rosenblum Rachel, «peut-on mourir de dire ?» Revue Française de Psychanalyse, 2000, n°1, p 114
3 Lacouture Jean, La dictature de la transparence, article du 13/04/2011 par Caroline Castets
4 Stora Michel, les écrans ça rend accro…Paris, Hachette Littératures, 2007
5 Le site Les mêmes.
6 Couderc Pascal, L’amour au coin de l’écran, du fantasme à la réalité, Paris, Albin Michel, 2012
7 Dumoulin Jérôme, faux profil, Paris, Grasset, 2012
8 Ionesco Eugène «Amédée ou comment s’en débarrasser», Gallimard, 1954.
9 Tisseron Serge, Secrets de famille mode d’emploi, Paris, Ed Ramsay ,1996

Communication du Dr Gabrielle Arena
Journées de l'association RIVE
(réflexions institutionnelles de Ville-Evrard).
2012

Création : 04.11.2015
Mise à jour : 17.12.2015

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