Des pratiques infirmieres avancées à Ville-Evrard

La direction des soins de l’EPS Ville-Evrard s’est engagée, avec l’appui de la direction générale et de pôles volontaires de l’établissement, à développer des pratiques infirmières avancées en santé mentale. Elle est partie prenante du projet de préfiguration d’infirmier clinicien spécialisé (PréFICS) lancé par l’ARS Ile-de-France. C’est une innovation en France dans un contexte de transformation du système de santé. La première des 3 infirmières en cours de formation sera positionnée au CMP de Pantin à la rentrée 2016. L’établissement organise également une demi-journée d’échanges et de partage d’expériences avec des EPS de santé mentale engagés dans la même démarche.

Interview croisée de Nadine Chastagnol, coordonnatrice générale de soins, et de Maryse Camalet, directrice des soins.

Pourquoi avoir inscrit le développement des pratiques infirmières avancées dans le Projet de soins 2013-2017 de l’EPS Ville-Evrard ?

Nadine Chastagnol
L’introduction de la nouvelle fonction d’infirmier(ères)[1] de pratiques avancées (IPA) dans l’offre de soins de L’EPS de Ville-Evrard vise à renforcer la prise en charge de patients souffrant de troubles mentaux ou d’addictions, ainsi que la prévention. Nous pensons que les IPA auront un rôle complémentaire à celui des infirmières, des psychologues et des psychiatres notamment dans la prise en charge de patients au parcours complexe et le suivi des patients au long cours. L’EPS de Ville-Evrard fait partie des 13 établissements, dont 3 spécialisés en santé mentale, impliqués dans le projet de préfiguration d’infirmier clinicien spécialisé lancé en 2013 par l’ARS IDF. Il bénéficie d’un soutien financier de l’ARS IDF pour la formation d’IPA et le remplacement des infirmières en formation.

En quoi consiste votre engagement ?

Nadine Chastagnol
Quatre pôles se sont portés volontaires pour travailler sur cette démarche innovante en France. Deux ont déjà confirmé leur engagement : le pôle 93G13 avec 2 infirmières en formation et le pôle transversal CRISTALES dont 1 infirmière débutera sa formation en septembre 2016. Ensemble, nous définissons le rôle de l’IPA dans le parcours du patient au regard des besoins de soins et travaillons sur les fiches de poste et les missions dévolues à cette nouvelle fonction. Les projets sont différents pour chaque pôle. Je tiens à souligner qu’une telle démarche nécessite l’engagement de la direction générale et de la direction des soins ainsi qu’une forte implication forte des chefs de pôles et de l’encadrement soignant des secteurs concernés. La volonté partagée d’aboutir est le moteur d’un projet inscrit dans la durée.

A quels enjeux la pratique avancée répond-elle, pour les patients, pour les équipes médicales et pour les soignants ?

Maryse Camalet
La démarche est une réponse aux évolutions majeures de notre système de santé : depuis plusieurs années, la démographie médicale baisse alors que la demande de soins augmente. L’espérance de vie s’accroit. Les malades, de plus en plus âgés, souffrent de poly-pathologies et d’affections de longue durée. De nouvelles formes de précarité complexifient les pathologies et augmentent les obstacles à l’accès aux soins. En psychiatrie, les délais d’attente pour une prise en charge en CMP se sont allongés. Les prises en charge se font dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint. Dès les années 2000, a donc émergé l’idée de coopérations entre professionnels de santé et de transfert d’actes ou d’activités de soins vers les infirmières ou d’autres professionnels en fonction des spécialités, ce qu’a autorisé la loi HPST en 2009, à titre dérogatoire et à l’initiative des professionnels sur le terrain. La pratique avancée confère de nouvelles compétences et de nouvelles missions aux infirmières, axées sur la « pratique clinique directe ». En psychiatrie, l’IPA peut contribuer, avec le médecin, à la diminution des délais d’attente pour la prise en charge, pratiquer des consultations dans les unités, accompagner les familles, gérer des situations de soins compliquées, assurer le suivi au long cours de patients pour éviter les ruptures de traitements génératrices de ré-hospitalisation. A terme, l’IPA en santé mentale pourrait même avoir un droit de prescription dans le cadre de protocoles validés par les médecins, l’ARS et la HAS. L’IPA sera également un facteur de cohésion d’équipe dans la mesure où elle sera positionnée comme un nouvel appui pour ses collègues.

Quels champs de compétences et quelles qualités avez-vous défini pour les IPA ?

Nadine Chastagnol
L’IPA n’est ni une super infirmière, ni un cadre de santé, mais une fonction nouvelle qui aura un positionnement transversal dans le parcours de soins du patient. C’est une infirmière qui a validé un diplôme universitaire de 2è cycle, niveau Master 2, renforçant ses compétences dans les domaines suivants: la clinique (consultations, prescriptions dans le cadre de protocoles, suivi de files actives de patients…), le conseil aux patients et aux équipes soignantes, le leadership (capacité à être suivie dans les projets qu’elle met en œuvre), l’enseignement-formation et la recherche. L’IPA doit avoir le sens du relationnel, être tenace et diplomate. Elle doit avoir le sens des responsabilités, savoir prendre des initiatives et bien maîtriser ses missions.

A quelle étape de leur formation en sont les 3 futures IPA ?

Nadine Chastagnol
L’une débute son diplôme universitaire nécessaire à l’accès en Master 1, la deuxième va entrer en Master 1 et la troisième en Master 2. Cette dernière sera mise en situation dès septembre 2016 au CMP de Pantin. Le chef de pôle, l’encadrement et la direction des soins ont mené un travail préalable avec les équipes médico-soignantes pour définir son positionnement de façon collaborative et favoriser son intégration. Nous avons fait le choix de faire suivre à ces futures IPA le Master « Sciences cliniques en soins infirmiers » proposé par l’Hôpital Sainte-Anne en partenariat avec l’université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines. Les trois infirmières en formation sont très satisfaites et impatientes de mettre en pratique ce qu’elles ont appris !

L’intégration d’IPA au sein des équipes en place a-t-elle posé des défis particuliers ?

Nadine Chastagnol et Maryse Camalet
Le sujet a fait débat au sein de la communauté médico-soignante. La direction de l’établissement a pris le parti d’engager le projet en s’appuyant sur les pôles volontaires. Nous espérons qu’à l’épreuve de la réalité, la valeur ajoutée de l’IPA incitera d’autres pôles à se lancer dans l’aventure. Nous voulons nous donner du temps pour ajuster notre projet en fonction des premiers retours d’expérience et réussir à démontrer l’importance et l’utilité de cette nouvelle fonction pour la prise en charge des patients dans le contexte actuel.

Quel sera le rattachement des IPA ?

Nadine Chastagnol
Au pôle 93G13, nous avons décidé en concertation avec les équipes médico-soignantes que l’IPA serait hiérarchiquement rattachée au cadre de santé avec des missions transversales. Au pôle CRISTALES, l’IPA aura également une mission transversale avec la mise en œuvre du droit de prescription de substituts nicotiniques.

Au-delà de la reconnaissance académique, la nouvelle fonction bénéficie-t-elle d’une valorisation financière ?

Maryse Camalet
Pour le moment, la reconnaissance financière de l’IPA est laissée au libre-arbitre de chaque établissement qui travaille sur ce sujet avec son DRH. Une reconnaissance statutaire serait plus égalitaire. Surtout elle renforcerait l’attractivité de la fonction qui peu à peu acquiert de la légitimité. En effet, il existe une définition consensuelle du rôle de l’IPA, adoptée en 2008 par le Conseil International des Infirmiers (CII) : « Une infirmière de pratique avancée est une infirmière diplômée d’État ou certifiée qui a acquis les connaissances théoriques, le savoir-faire nécessaire aux prises de décisions complexes, de même que les compétences cliniques indispensables à la pratique avancée de son métier, pratique avancée dont les caractéristiques sont déterminées par le contexte dans lequel l’infirmière sera autorisée à exercer. Un master est recommandé comme diplôme d’entrée ». Le CII a défini 19 compétences de l’IPA. Par ailleurs l’article 119 de la loi du 21 avril 2016 de modernisation de notre système de santé reconnait la nouvelle fonction d’IPA pour laquelle elle publiera prochainement un référentiel de compétences. Ces avancées prolongent notre démarche de développement des expertises des équipes soignantes qui vise à améliorer la qualité et l’égalité d’accès aux soins avec moins de ressources, plus de malades et plus de complexités.

[1] Lire : infirmier (ères) 

Contributions

Pour la direction des soins
Nadine Chastagnol, coordonnatrice générale des soins
Maryse Camalet, directrice des soins

Pour le site pilote 93G13
Isa Linares, chef de pôle
Jean-Luc Stanislas, assistant du chef de pôle

Interviews  : CF COM - Catherine Fressoz
Photos : Jorge Alvarez

Création : 13.07.2016
Mise à jour : 14.07.2016

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