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L’évolution des prises en charge à l’épreuve des courants de pensée en psychiatrie : différentes approches au service du soin

Muriel Lycke, cadre supérieur de santé, direction des soins, présente cette nouvelle journée professionnelle des Enseignements cliniques, qui se tient ce jeudi 11 février 2016 à la chapelle de l’EPS Ville-Evrard. Les enseignements cliniques existent depuis 2002 dans l’EPS. Ils ouvrent aux étudiants infirmiers en stage pratique un temps d’échange et de réflexion théorique, qui est indispensable dans les unités de soin psychiatrique. 

Les approches en psychiatrie sont différentes selon les patients et les services. Cette journée et celle qui la suivra le 2 juin doivent présenter différentes thérapies et examiner les raisons de cette diversité. Cela supposera d’abord de comprendre l’histoire complexe par laquelle les sujets souffrants, d’abord enfermés à l’écart de la société, ont fini par être confiés à des professionnels de santé, plutôt qu’à des gardiens.

Comment a-t-on pu, à travers le temps, élaborer autant de théories psychiatriques ?

Le Dr Xavier Lallart, psychiatre, association Ecole de Ville-Evrard, présente l’histoire de la psychiatrie. La pensée humaine s’extériorise par des mimiques, par la parole, mais aussi par des symptômes comme des TOC, ou des délires. La psychiatrie couvre l’ensemble des domaines dont peuvent relever les causes de ces symptômes : la médecine et la biologie, puisque ces causes peuvent être organiques (cérébrales) ; la  psychologie puisqu’elles peuvent être internes à la pensée du patient, à ses affects et à ses relations à autrui ; enfin, la sociologie, puisqu’elles peuvent tenir au milieu culturel du patient.

Toutes les mutations en psychiatrie ont suivi des découvertes scientifiques ou des  bouleversements philosophiques, historiques, politiques ou économiques profonds. 

L’Antiquité et le Moyen-âge

Pythagore (500 avant JC), Aristote, Socrate ou Platon posent les premières bases de la rationalité scientifique. Dans leur sillage, Hippocrate cesse le premier de voir le malade mental comme « possédé » par un « démon » et développe la théorie selon laquelle les personnalités et les troubles humains sont régis par quatre « humeurs » ou fluides corporels : le sang, à l’origine de la colère ; la phlegme, qui rend « flegmatique » ; l’atrabile, qui rend mélancolique ; la pituite, une acidité gastrique qui rend « amer ». Cette classification et son vocabulaire perdureront jusqu'au début du XIXème siècle. 

Au Moyen-Âge, Galien notamment reprend cette théorie et commence à peser les substances actives selon une méthode scientifique. L’Inquisition continue toutefois à comprendre la maladie mentale comme une possession démoniaque. Lorsqu’ils ne sont pas condamnés au bûcher, les malades mentaux sont parfois protégés, mais plus souvent mis à l’écart dans des « maladières » (avec les prostituées, les délinquants et les lépreux) ; voire dans des bateaux appelés « nefs des fous », qu’on laisse dériver de port en port.  

La Renaissance et le siècle des Lumières

La découverte de l’imprimerie en 1552 par Gutenberg permet la diffusion de la culture et l’essor d’une pensée rationnelle et critique, notamment en philosophie. C’est durant le siècle des Lumières, le 25 août 1793, que naît vraiment la psychiatrie, lorsque Philippe Pinel et Jean-Baptiste Pussin enlèvent leurs chaînes aux « aliénés » (littéralement : immobilisés par des liens) pour tâcher de leur appliquer un « traitement moral », mélange de fermeté et de bonté, conformément à « l’humanisme » philosophique de Rousseau, Voltaire ou Diderot. La psychiatrie se développe alors dans toute l’Europe. En Allemagne, Carl Von Liné établit une première classification des maladies mentales. En Ecosse, William Cullen invente le mot de « névroses » pour qualifier les états où la pensée reste saine, et se scandalise elle-même des symptômes (supposés nerveux) qu’elle constate. L’allemand von Feuchtersleben y opposera en 1845 le mot de « psychoses », pour les cas où le noyau central de la pensée est lui-même atteint. Parallèlement, Jean-Marc Itard étudie l’enfant sauvage, Victor de l’Aveyron, pour déterminer si les déficients mentaux sont éducables. 

Le XIXème siècle

Les droits des malades sont reconnus juridiquement avec la loi du 30 juin 1838. En psychiatrie, Bayle relie pour la première fois une maladie mentale, la méningo-encéphalite, à une maladie infectieuse, la syphilis. Jean Martin Charcot (1825-1893) démontre la différence entre les épilepsies (d’origine organique) et les hystéries (provoquées par suggestion et calmées par la relation avec médecin).  Sigmund Freud (1856-1939) introduit l’idée d’une origine sexuelle et inconsciente des pulsions et relie les névroses à des traumatismes de l’enfance. Une logique de l’inconscient serait ainsi à comprendre derrière les symptômes névrotiques et psychotiques. Freud propose également des techniques thérapeutiques avec l’hypnose et la psychanalyse. Les psychoses maniaco-dépressives et les démences précoces (que BLEULER appellera en 1911 la schizophrénie) sont enfin clairement mises en évidence par Emile Kraepelin (1856-1926).

Le XXème siècle

Médecine
Les thérapies évoluent considérablement, avec la malariathérapie en 1917 ; le traitement par le coma en 1932 ; la lobotomie en 1935 : l’électrochoc (toujours utilisé aujourd'hui contre certaines dépressions) en 1938.
L’école franco-allemande établit durablement quatre catégories de pathologies mentales :
- troubles de l’humeur (indifférence, tristesse, gaieté), qui peuvent être une maladie (la psychose maniaco-dépressive) ou un syndrome (la dépression)
- troubles névrotiques, dont la personne a conscience (phobies, hystéries, etc.) ;
- troubles psychotiques, dont le malade n’a pas conscience, et dans lesquels il reconstruit la réalité par des délires et des hallucinations (schizophrénie et paranoïa) ;- troubles du comportement : passages à l’acte, addictions, troubles alimentaires, troubles du caractère, psychopathies (comportement contre la loi et la société).

Cette classification est aujourd'hui délaissée au profit de classifications internationales plus fines (CIM 10, DSM 5), mais qui multiplient les concepts, avec 600 maladies mentales aujourd'hui distinguées.

La compréhension du cerveau est entièrement renouvelée au XXème siècle. L’imagerie cérébrale permet de voir directement le fonctionnement d’un cerveau malade. Surtout, il devient possible d’influencer la « couleur » des pensées grâce à des neuromédiateurs qui agissent au niveau des synapses. Ces médicaments permettent aux malades de sortir des asiles. Le premier tranquillisant (le librium) est produit en 1947 ; le premier neuroleptique (le largactil) en 1952 ; le premier antidépresseur en 1957 (l’imipramine) ; etc.
La génétique permet également de mieux comprendre l’autisme, par exemple.

Psychologie
Jacques Lacan renouvelle la psychanalyse en France avec l’idée que l’inconscient est structuré comme un langage : les mots ont une influence puissante sur les croyances profondes de l’inconscient, en particulier dans les psychoses.

Les thérapies comportementales et cognitives apparaissent avec Pavlov, qui invente l’idée du conditionnement des réflexes et des idées. Dans son sillage, Watson introduit le behaviorisme, qui consiste à corriger les problèmes de comportement par la remédiation cognitive et la rééducation collective. Ces méthodes s’appliquent surtout à l’autisme (méthodes TEACCH ou ABA) mais aussi aux phobies, aux dépressions, aux psychoses, etc.

D’autres techniques modernes peuvent être citées : l’EMDR (contre les symptômes post-traumatiques) ; la relaxation ; l’art thérapie ; la sophrologie ; le bio-feedback ; etc. 

Sociologie
Les écoles de Chicago (1939) et de Montréal introduisent l’idée que les « psychopathes » seraient en réalité des « sociopathes », car leur comportement serait généré par la société : c’est elle qu’il faudrait donc réformer par des « thérapies sociales ».

Un mouvement antipsychiatrique (mené par Lang et Cooper) dénonce alors les médicaments comme des « camisoles chimiques », visant toujours à enfermer les malades, au lieu de traiter les causes sociales des maladies. Les thérapies familiales systémiques notamment sont issues de ces idées. Il s’agit d’améliorer la communication du malade avec son entourage, plutôt que de se concentrer sur ses seules pensées intérieures. Ces méthodes sont particulièrement adaptées aux addictions, mais aussi aux thérapies de couple, aux dépressions, etc. Les thérapies institutionnelles, qui interrogent la relation entre le soignant et le soigné, sont également issues de ce mouvement. 

L’évaluation systémique en CMP

Selon Jérôme Payen De La Garandière, psychiatre, l’accueil systémique revient simplement à certaines évidences oubliées, comme l’importance de l’informel et du collectif dans les relations humaines. L’informel, catégorie politique plutôt qu’économique, désigne un ensemble de gestes et de mimiques qui ne peuvent pas être décrits quantitativement, mais autour desquels s’instaure le lien social. Il désigne également ces processus de pensée inexprimés qui mènent à une prise de conscience progressive.

De nombreux paradigmes psychiatriques dominants se sont succédés depuis Pinel, mais ils ont tous aujourd'hui été remplacés par une juxtaposition de théories régionales. Si une théorie domine aujourd'hui, c’est pour des raisons économiques : elle est la moins coûteuse. 

La psychiatrie vise initialement à soigner des « maladies » au sens où Pasteur les définit, c'est-à-dire des agressions extérieures sur un organisme sain. Or, on suppose ainsi l’identité de tous les individus sains, qui pourront dès lors être traités à grande échelle de manière identique. Valable pour les maladies infectieuses, ce modèle (fortement ancré dans le naturalisme de l’esprit des Lumières) trouve ses limites dans le cas des maladies chroniques. La cancérologie ou le traitement de la maladie d’Alzheimer notamment replacent actuellement la singularité des individus au centre des thérapies. De même, lorsque le DSM 5 distingue plus de 600 « maladies » psychiatriques, il met en réalité le modèle de la maladie en échec, car il est vain de chercher un traitement pour chacune de ces pathologies. 

Pourtant, alors que la cancérologie délaisse les études à grande échelle et réhabilite l’individu, la psychiatrie, sous l’influence de l’industrie biomédicale, cherche à suivre le mouvement inverse. Elle renonce ainsi à considérer la complexité humaine, qui ne tient pas au fonctionnement physiologique, mais à la multiplicité des dimensions. De même que l’électricité ne se réduit pas aux circuits électriques, de même l’humain ne se réduit pas au corps. Le travail psychiatrique consiste précisément à « remettre le courant » dans le corps. Cela ne suppose pas nécessairement de connaître le corps : il faut seulement savoir faire circuler l’informel entre le soignant et le patient. 

L’accueil systémique permet aux patients de ne plus envisager leurs symptômes sous l’angle de la « maladie », mais davantage sous celui de leurs répercussions sur leur environnement familial, social ou professionnel. Cette nouvelle approche est particulièrement adaptée à la population de patients que la précarité économique produit actuellement. On dit aujourd'hui que 25 % de la population française souffre « de troubles psychiques non diagnostiqués » : il vaudrait mieux reconnaître que cette souffrance psychique n’est pas une maladie. Elle se gère de manière collective, en partageant des expériences et en aidant chacun à trouver sa place en société. Médicaliser la souffrance psychique permet au contraire aux politiques de se déresponsabiliser au profit de l’industrie pharmaceutique qui, à son tour, alimente la souffrance psychique. 

La solution est une théorie interdisciplinaire, sans hiérarchie. La hiérarchie, concept militaire, produit un esprit de guerre. Il faut y substituer un esprit de paix. Or, la précarité organise le psychisme, non plus autour du désir, mais de la peur de perdre (son logement, son travail, etc.). Et la peur provoque le cloisonnement, qui entraîne la violence. C’est pourquoi la psychanalyse ne fonctionne plus aujourd'hui (même si la théorie freudienne reste valable) : le traitement moral de la précarité doit d’abord lutter contre l’isolement, dans lequel la psychanalyse, par ses méthodes d’introspection, maintient au contraire les patients En se centrant sur l’environnement du patient, l’accueil systémique permet, au soignant comme au patient, de remplacer la question (économique) : « que vais-je faire ? » par la question : « qu’est-ce qui se passe ? ».

Isabelle Cailly, infirmière, CMP, pôle 93G02, explique que cette approche, n’étant plus soumise à l’injonction d’efficacité, prend le temps de l’échange et de la réflexion, y compris avec les familles, qui sont une ressource de travail précieuse. Un travail en trinôme a été mis en place au CMP, avec un psychiatre, un psychologue et un infirmier, afin de multiplier les perspectives sur un même patient lorsque le besoin s’en fait ressentir. Face à la précarité croissante en Seine-Saint-Denis, les CMP travaillent également, au sein des RESAD, avec les services sociaux et les bailleurs de la ville, pour aider les familles en difficulté, SDF, etc. 

Approche multifactorielle en pédopsychiatrie

Histoire de la pédopsychiatrie

Virginie Mounier, cadre de santé, et Cyrielle Thill Dominici, infirmière, hôpital de jour Régis, pôle 93I03, rappellent d’abord que la pédopsychiatrie est une branche de la psychiatrie consacrée aux enfants, de leur naissance à l’âge adulte. La première étude pédopsychiatrique est celle réalisée par Pinel sur Victor de l’Aveyron à partir des travaux, davantage pédagogiques, d’Itard. La pédopsychiatrie se développe alors autour des services d’accueil d’enfants retardés de la Salpêtrière et surtout de Bicêtre, que le Dr Bourneville transforme en asile-école, avec des objectifs d’éducation morale. La fondation Vallée pour enfants « déficients mentaux », qui existe encore aujourd'hui, y est créée en 1847. La pédopsychiatrie s’émancipera vraiment de la pédagogie entre les deux guerres mondiales à la Salpêtrière, alors destinée aux filles.
Freud révèle l’importance du complexe d’Œdipe pour le traitement des enfants dans son étude du petit Hans en 1909. Mélanie Klein, psychanalyste anglaise, met quant à elle en exergue le rôle du jeu comme manière symbolique de surmonter l’angoisse en recréant des situations familiales.

L’étude de l’autisme se développe principalement de 1943 à 1970. Il est compris comme une « psychose infantile » jusque dans les années 1980. 

En 1957 Roger Nizes développe une approche pluridisciplinaire de la cure en institution, autour du trinôme toujours utilisé : thérapie, éducation, pédagogie.

Les intersecteurs pédopsychiatriques apparaissent en 1972. Ils regroupent une prise en charge ambulatoire, des unités d’hospitalisation, des unités de CMP, les CATTP, des lieux d’accueil spécifique pour adolescents, des lieux de liaison avec l’hôpital général et les structures médico-sociales, et d’accueil familial thérapeutique. Des équipes interdisciplinaires peuvent ainsi se développer.

L’approche psychodynamique à l’hôpital de jour Régis

La prise en charge psychodynamique s’attache à rencontrer l’enfant dans sa singularité plutôt qu’à traiter ses seuls symptômes. Le soin pédopsychiatrique a pour objectifs de diminuer l’angoisse et la souffrance de l’enfant ; de favoriser son développement et son autonomie ; de lui ouvrir des perspectives ; et de développer son intérêt pour sa propre pensée plutôt que pour l’action. A ces fins, l’enfant est accompagné dans ses capacités de représentation, à partir d’activités avec supports. Une attention est portée à ses mécanismes de défense, et ses mouvements identificatoires sont soutenus afin qu’il se structure progressivement. 

Le service pédopsychiatrique de l’hôpital Régis comporte trois médecins pédopsychiatres, deux psychologues, huit infirmiers, un cadre de santé, huit éducateurs spécialisés, trois psychomotriciennes, une orthophoniste, une assistante sociale, une institutrice spécialisée, deux secrétaires et deux ASH. Cette pluridisciplinarité permet d’assurer des soins polyvalents, individualisés ou en groupe, par journées ou demi-journées complètes. Jusqu'à 20 enfants peuvent être accueillis à partir de 3 ans (mais pas après 7 ans), pour une durée de prise en charge de 3 ans (parfois davantage), souvent à raison de 5 jours par semaine. Un projet de soin individualisé est établi pour chaque enfant à son arrivée, dans une approche intégrative. 

Les activités proposées incluent des contes thérapeutiques, permettant aux enfants d’exprimer symboliquement leurs émotions et angoisses ; des entretiens individuels réguliers avec le médecin qui suit l’enfant ; des travaux de psychomotricité, d’orthophonie, etc. ; ainsi qu’un vrai temps d’école, généralement individuel. Des moments festifs sont également organisés, parfois avec l’ensemble de la famille (en incluant les frères et sœurs).

Une grande partie des enfants accueillis souffrent d’autisme, qui se caractérise par une altération qualitative des interactions sociales ; une restriction de l’intérêt ; et un comportement répétitif et stéréotypé, avec une grande difficulté à supporter le changement. 

Conformément aux recommandations de la Haute Autorité de Santé, la part éducative de la prise en charge recourt essentiellement à des méthodes comportementales (ABA ; Teacch ; 3I ; PECS ; PEP-R ; ESDM). Elles sont toutefois adaptées aux projets individuels de soins des enfants et au cadre interdisciplinaire de l’hôpital de jour.

Après la sortie de l’enfant, le CMP est le garant de la bonne continuité des soins qui lui seront apportés jusqu’à sa majorité.

Un cas clinique : Arthur

Arrivé en septembre 2012 à l’hôpital de jour pour troubles envahissants du développement, Arthur souffre d’une anomalie chromosomique : le syndrome de Phelan-McDermid, caractérisé par une hypotonie néonatale et un retard du développement, notamment linguistique. Dès son arrivée dans l’institution, il s’effondre au sol, comme s’il n’avait pas conscience de ses jambes (de son « axe tonico-corporel »).

Très vite, il intègre un groupe de vie, où il se montre affectueux et enjoué, mais à la manière d’un nourrisson. Ses angoisses apparaissaient dans la manière dont il met en scène son corps qui ne tient pas debout, voire « dégouline » en permanence, par les pleurs, le nez et les reflux gastro-œsophagiens.

Le projet de soin individuel  élaboré pour lui se centre donc sur les sensations corporelles et la motricité, et la compréhension des échanges relationnels. Des activités correspondantes lui sont proposées (la pataugeoire, le poney), en parallèle des séances hebdomadaires individuelles de psychomotricité à son CMP de référence. Ses difficultés corporelles empêchent surtout Arthur d’accéder à l’autonomie : seul, il ne parvient pas à s’alimenter, ni même à saisir un objet. Il lui faudra trois ans pour réussir à manger seul, quoique d’une manière très mécanique : une surveillance constante reste donc requise.

Arthur souffre également de douleurs dentaires récurrentes, qui l’empêchent notamment de dormir plus de 2 heures par nuit. Un grand progrès a été réalisé de ce point de vue lorsqu’il s’est fait retirer neuf dents.

Arthur semble maintenant voir les autres enfants, son axe tonico-corporel est plus solide, il est possible de partager avec lui de vrais moments de joie. Une tentative de recours au PECS pour l’aider à faire des demandes a échoué car il ne parvenait pas à différencier deux images l’une de l’autre. Il a néanmoins réalisé des progrès considérables en autonomie puisqu’il parvient à mettre seul ses chaussures, ce qui montre qu’il a maintenant conscience de ses jambes et de ses pieds.

Les liens avec la famille ont été très importants. Une relation de confiance s’est progressivement instaurée, qui leur a permis d’exprimer leurs émotions, et par exemple de laisser Arthur deux nuits dans un gîte thérapeutique avec les équipes de l’hôpital de jour. Ce type de sortie permet de mieux voir le comportement quotidien de l’enfant, tout en l’accompagnant dans une première séparation avec ses parents et une première sortie de l’hôpital de jour. 

Arthur devrait quitter l’hôpital en juillet 2016 et la difficulté est actuellement de trouver une institution adaptée à sa pathologie neurologique. Son parcours à l’hôpital de jour lui a vraiment permis de progresser, d’un comportement de nourrisson à celui d’un véritable enfant.

Propositions thérapeutiques à partir d’une démarche de soin

Véronique Carret, Cadre de santé formatrice IFSI de Ville-Evrard explique que l’atelier suivant a pour objectif de jouer un raisonnement de soins psychiatriques en équipe, à partir du cas réel de Frédéric, présenté par Solène Barette, étudiante de 2ème année IFSI de Ville-Evrard, qui a croisé ce patient lors de son stage. 

Frédéric a été hospitalisé pour la première fois en unité temps plein en 2015, par l’intermédiaire du CMP de secteur, pour une tentative de suicide. Autonome, il entretient toutefois peu de relation avec les patients et les soignants. Relativement inexpressif, il est dépressif et consomme parfois du cannabis et de l’extasy. Fils de parents divorcés, il a un frère et une sœur et refuse de voir son père, qui a reformé une autre famille. Ses relations avec sa mère sont bonnes.

Selon lui, sa symptomatologie dépressive commence suite à une prise d’extasy. Après une première tentative de suicide, il décide de consulter au CPOA puis reste suivi, quoiqu’irrégulièrement au CMP. Il connaît un épisode psychotique transitoire lors d’un voyage aux Etats-Unis. Retrouvé en errance après une journée et demie de marche, il est arrêté par la police pour possession de drogues et se fait incarcérer dix jours après avoir agressé un policier. Son frère le rapatrie en France. Ses tendances suicidaires perdurent et, en octobre 2015, son médecin au CMP lui délivre un antipsychotique, le zyprexa, qu’il arrête de prendre car il le trouve trop sédatif. En novembre 2015, son état dépressif s’aggrave et il tente à nouveau de se suicider, par phlébotomie des carotides, dans un parc, à l’aide d’un couteau. Ses plaies sont toutefois superficielles et il en parle cinq jours plus tard à son médecin du CMP, qui décide de l’hospitaliser.

A l’hôpital, il scénarise sa tentative de suicide par référence à la culture japonaise et explique être convaincu d’avoir brisé sa vie en consommant des toxiques. Le médecin lui prescrit du seroquel, un antipsychotique, du valium, et un hypnotique pour ses insomnies. Dans un second temps, de l’anafranil, un antidépresseur, est introduit.

Son contact avec les soignants et son humeur s’améliorent peu à peu, avec une diminution des idées suicidaires, même si son retour à l’extérieur continue à l’angoisser. Il craint notamment de reprendre sa consommation des toxiques.

Muriel Lycke, cadre supérieur de santé, direction des soins, inaugure la simulation de réunion professionnelle, en rappelant qu’une électro convulsivothérapie (autrefois appelée électrochocs) avait été envisagée dans le cadre de l’hospitalisation de ce patient. Provoquant une brève crise d’épilepsie, cette thérapie, qui est aujourd'hui très ajustable, suppose le consentement du patient. Elle est particulièrement utilisée contre les dépressions sévères, les mélancolies, lorsque les patients est résistant aux médicaments. Cette proposition avait finalement été rejetée, en raison de la jeunesse du patient et de sa bonne réaction aux médicaments.

Béatrice Laligue, Cadre de santé, pôle 93I05  estime que, ce patient ayant su trouver de l’aide en verbalisant ses idées suicidaires, un suivi en ambulatoire serait suffisant, avant une orientation vers une psychothérapie. La prise de traitement doit être suivie par un infirmier afin qu’il ne l’interrompe pas et que ses effets soient évalués.

Yamina Caldarola, cadre de santé, hôpital de jour pôle 93G10, propose de faire intervenir sa famille lors d’un entretien familial, pour évaluer comment il s’y insère, et en apprendre davantage sur ses relations avec son père.

Catherine Amato, cadre de santé UHTP pôle 93G16, souligne que ce patient est quand même passé à l’acte, de sorte que sa sortie ne devrait pas être prématurée. Des entretiens familiaux pourraient d’abord être envisagés, puis des sorties thérapeutiques pour évaluer son comportement et le réadapter progressivement au cadre extérieur, qui semble l’angoisser.

Delphine Failliot-Lambert, cadre supérieur de santé pôle 93G05, craint également une rechute suicidaire ou une consommation de toxiques en cas de sortie prématurée. Le temps venu, un suivi en hôpital de jour sera probablement nécessaire, quoique pas à temps plein, en parallèle d’une reprise des rendez-vous en CMP. 

Béatrice Laligue estime que la confrontation avec les patients de l’hôpital de jour pourrait être trop violente pour ce jeune homme, et préconise un suivi plus léger.

Muriel Lycke signale qu’une évaluation des capacités cognitives du patient sera nécessaire, car son tableau clinique indique un risque de basculement vers la schizophrénie. Une réinsertion professionnelle accompagnée est également à envisager.

Suite à une question, Catherine Amato explique que la toxicomanie ne semble pas être un facteur déterminant des symptômes du patient. En particulier, l’extasy ne pose pas vraiment de problème de sevrage. Les passages à l’acte n’ont généralement lieu que lors de la montée ou de la descente immédiatement consécutive à la prise. Muriel Lycke et Yamina Caldarola acquiescent : le mode de la tentative de suicide n’est pas anodin, ce qui indique que la dépression n’est pas le simple symptôme d’une toxicomanie.

Une personne de l’assistance propose une thérapie familiale, mais Béatrice Laligue juge la situation trop complexe pour cela, puisque le patient ne souhaite plus voir son père. 

Catherine Amato souligne également l’importance de ne pas trop encadrer la réinsertion du patient, ce qui a souvent des effets négatifs : mieux vaut lui laisser la possibilité de se réinsérer d’une manière qui lui soit vraiment propre. 

Muriel Lycke ajoute en conclusion que le but de la psychiatrie n’est pas de permettre aux patients de mener à nouveau une vie « normale ». Il s’agit seulement qu’ils souffrent le moins possible malgré leurs symptômes, et qu’ils reviennent d’eux-mêmes vers les équipes lorsqu’ils se sentent m

Contributions

Programme de la journée à télécharger
Compte rendu de la journée : société Ubiqus
Illustration : Philippe Cusse

Contacts pour les enseignements cliniques

Direction des soins, promoteur des journées
Nadine Chastagnol, coordinatrice générale des soins
Muriel Lycke,  cadre supérieur de santé
directionsoins(at)epsve.fr
Tél. 01 43 09 33 54

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Création : 07.06.2016
Mise à jour : 02.07.2016

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