Les élus de Saint-Denis sensibilisés à la santé mentale

Deux villes du territoire d’intervention de l’EPS Ville-Evrard, Aubervilliers et Saint-Denis, proposent à leurs élus et aux autres collaborateurs une sensibilisation aux questions de santé mentale. En 2013 et 2015, elles ont engagé des actions de formation avec le concours de l’organisme public Psycom et l’implication de professionnels de Ville-Evrard. Stéphane Jung, coordonnateur au conseil locale en santé mentale de Saint-Denis, et Sophie Arfeuillère, chargée de mission formation au Psycom, témoignent…

La santé mentale, une question politique

« Les problématiques de santé mentale dépassent largement la question de l’offre de soins et des prises en charge médicales et soignantes sur un territoire. Elles sont transversales et globales, souvent sociales, donc in fine politiques. Elles interpellent régulièrement, dans leurs permanences, les élus en charge de la santé, mais aussi du logement, de la cohésion sociale, de l’insertion, de la sécurité publique, du handicap, de la culture... La détresse psychique, dont les manifestations peuvent être bruyantes, envahissantes, stupéfiantes, font partie intégrante de la vie de la cité. Or, les élus ne se sentent pas toujours suffisamment outillés pour intervenir sur cette question » analyse Stéphane Jung, coordonnateur du conseil local de santé mental (CLSM) mis en place en 2013 par la Ville de Saint-Denis.
« Seul un élu peut légitimement convoquer autour d’une même table les acteurs impliqués dans la résolution de situations complexes de personnes en souffrance psychosociale pour réguler et coordonner les divers champs d’action. Il n’a pas toujours conscience de son pouvoir d’action dans le parcours d’un citoyen en détresse. D’où la mise en place d’une offre de formations gratuites accessibles à tous les membres d’une équipe municipale » ajoute Sophie Arfeuillère chargée de mission formation au Psycom, organisme public d’information, de formation et de lutte contre la stigmatisation en santé mentale.  

Mieux comprendre pour agir plus efficacement

Ces dernières années, Sophie a coordonné 3 formations : l’une de 12 élus et salariés de la mairie d’Aubervilliers en avril 2013, les deux autres de 10 conseillers municipaux puis de 12 salariés de la mairie de Saint-Denis en juin et octobre 2015.

Tous les participants, pré-sensibilisés par le coordonnateur de leur conseil local de santé mentale (CLSM), s’étaient inscrits sur la base du volontariat. Chacun a bénéficié de deux sessions de 3h00 espacées d’1 à 3 mois, organisées généralement au sein d’une structure de soin du secteur (CMP, CATTP) et parfois un jour de week-end pour s’adapter à des emplois du temps chargés. Les 34 participants ont exprimé des attentes similaires que résume Sophie : « mieux comprendre qui fait quoi en santé mentale sur le territoire pour optimiser la concertation, l’orientation des citoyens et le fonctionnement du réseau ; mieux connaître les troubles psychiques pour savoir comment réagir en présence de personnes en souffrance ; obtenir des conseils sur les modalités et les conséquences de la prise en charge des patients dans le cadre de la procédure SDRE d’admission en soins psychiatriques sur demande d’un représentant de l’Etat ». Chaque équipe municipale attendait également l’éclairage d’un professionnel du secteur sur des problématiques propres : l’accompagnement des populations marginalisées en grande précarité, la question des jeunes en souffrance non suivis, celle des migrants.

Des témoignages pour changer le regard sur la maladie mentale

La formation débute par une réflexion collective sur « mythes et réalités en santé mentale ». Il s’agit de confronter les idées reçues sur les personnes en souffrance psychique aux réalités de la maladie mentale. Objectifs : lever les tabous, dé-stigmatiser. Mais rien n’est plus efficace pour faire évoluer le regard sur la maladie mentale que des témoignages orientés sur les attentes des participants : celui d’usagers atteints de troubles psychiques qui racontent au sein d’ateliers en petits groupes, leurs difficultés d’insertion citoyenne et les leviers qui les ont aidé à « remonter la pente ». Celui de psychiatres de l’EPS de Ville-Evrard qui expliquent la prise en charge des patients, leur accompagnement et leur suivi par les différentes structures ressources du secteur en démontrant les avantages d’un fonctionnement en réseau. « Ainsi, les élus identifient les bons interlocuteurs vers qui se tourner lorsqu’ils sont sollicités. Ils réalisent également, en l’entendant de la bouche d’un professionnel, qu’un patient hospitalisé avec son consentement sera plus facile à soigner qu’un patient placé d’office dans le cadre de la procédure SDRE » analyse Sophie.
Le témoignage d’un élu pair, sollicité par le biais de l’association Elus santé publique et territoires et généralement très apprécié, clôt les retours d’expérience. Les participants repartent avec des outils fonctionnels : des articles courts liés à leurs problématiques, des plaquettes d’information sur les structures de l’EPS VE avec les coordonnées des contacts, les brochures du Psycom.  

Une réponse nécessairement collective pour redonner l’espoir

Centrées sur l’opérationnel, ces premières formations ont incité les villes d’Aubervilliers et de Saint-Denis à formuler de nouveaux projets en santé mentale : créer une commission logement dans le cadre du CLSM ; mieux communiquer au sein de la municipalité sur les missions du CLSM ; programmer une sensibilisation pour les accueillants de 1ère ligne des services municipaux ; soutenir la création d’un groupe d’entraide mutuelle (GEM) dans la ville.... « Les élus ont pris conscience qu’un citoyen atteint de troubles psychiques pouvait aller mieux dès lors qu’il était écouté et bénéficiait d’une prise en charge globale. Ils ont compris l’absolue nécessité d’impulser de l’espoir et d’agir en réseau » conclut Sophie Arfeuillère. « A Saint-Denis les tragiques événements de novembre 2015 ont différé la mise en œuvre de nos projets. Cependant, une plateforme expérimentale de coordination et d’intervention auprès des adolescents en souffrance psychique sera lancée d’ici la fin de l’année avec l’appui d’une équipe mobile. Je vais également programmer de nouveaux rendez-vous de formation. Changer le regard sur la maladie mentale et forger une culture de banalisation requièrent une sensibilisation dans la durée. Ces formations transversales ont pour vertu de créer un écosystème de perceptions et de représentations favorables à la démystification de troubles très envahissants et au développement de formes de bienveillance » affirme de son côté Stéphane Jung

Contributions

Texte  et photos
Catherine Fressoz, CF.com
Jocelyne Chatron, directrice communication
Psycom


Création : 08.07.2016
Mise à jour : 14.07.2016

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