L'ambulatoire adulte à Bobigny et Pantin

Réduction des délais d’attente pour  les consultations  en CMP,  partenariats revus  avec les municipalités et la médecine de ville,  nouvelles activités  pour les patients pris en charge à temps partiel et déménagement de l’unité d’hospitalisation temps plein de Neuilly-sur-Marne  à Aubervilliers. Depuis l’arrivée en janvier 2014 du Dr Isa Linares à la tête du Pôle G13,  son équipe pluridisciplinaire de 80 professionnels  s'est  engagée  dans une dynamique de changement portée par des projets à court et à moyen terme.   

Derrière ces projets, un objectif affiché : l’optimisation de l’accueil, la prise en charge thérapeutique personnalisée et l’insertion sociale de patients souffrant de troubles psychiatriques et bien fréquemment en situation précaire, une plus grande visibilité de l’offre de soins et le tissage d’un maillage permettant à l’usager de disposer des soins adaptés et coordonnées.

  • CMP/CATTP Pantin
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Favoriser une prise en charge ambulatoire personnalisée

Le pôle G13 Pantin-Bobigny dessert une population de 76 636 adultes dans un environnement caractérisé par une quasi pénurie d’offre d’accueil et d’accompagnement « psy » en secteur libéral (1 seul psychiatre et 3 psychologues installés à Pantin)   et aucune structure en aval d’hébergement pour des adultes présentant des troubles psychiques. Sur le territoire aux côtés de l’offre publique de de soins de Ville-Evrard, des consultations psy sont proposées au  Centre Polyvalent de Santé (CPS)  de Bobigny.

Dans ce contexte, le Dr Linares a souhaité impulser le développement d’unités extrahospitalières complémentaires bien coordonnées et visibles de la population. Elle entend apporter ainsi une réponse adaptée au plus grand nombre de patients dont la file active s’élève à 1  566 patients  et les accompagner du mieux possible à travers un parcours de soins fluide et un projet individualisé à court, moyen et long terme. « Pour éviter  de couper le patient de son milieu, nous étudions toutes les alternatives à l’hospitalisation complète dans l’unité « Acacias » de Neuilly-sur-Marne. Cette dernière constitue la solution ultime pour les personnes en grande souffrance nécessitant des soins intensifs continus. Cette unité de 22 lits et 2 chambres de soins intensifs sera relocalisée à Aubervilliers d’ici 2018-2019 où elle offrira 25 lits. « Nous partagerons avec le Pôle G02, une salle de « thérapie familiale » afin de répondre aux attentes d’écoute et d’accompagnement de nombreuses familles souvent très démunies face à la maladie mentale d’un enfant, d’un conjoint ou d’un proche » précise le Dr Linares.

Les CMP pivots du dispositif de soins

Les centres médico-psychologiques (CMP) de Pantin et de Bobigny sous la responsabilité médicale des  docteurs Christine Oleksak et Frank Barnel, sont la clé de voute du dispositif de soins du Pôle. Ce sont des lieux de premier accueil, de consultation, de prise en charge, de prévention et d’information. Là une équipe pluri-professionnelle composée de psychiatres, de cadres de santé, de secrétaires médicales, d’infirmiers, d’ergothérapeutes, de psychomotriciens, de psychologues, d’assistantes sociales et d’éducatrices spécialisées, établit un bilan global de la situation du patient afin d’élaborer son projet de soins individualisés en coordination avec les autres unités du pôle, lieux de soins et systèmes d’aide locaux.   

Un des objectifs du pôle est la réduction du délai d’attente entre la demande d’un patient en souffrance et le premier rendez-vous au CMP « nous essayons de fixer un entretien dans un délai d’une semaine maximum. Afin d’établir les priorités de prise en charge, un infirmier formé, fait désormais une première évaluation du patient par téléphone » explique le Dr Linares.   Pour améliorer les prises en charge en aval des passages des services d’urgences,  les psychiatres des CMP rencontrent régulièrement leurs collègues de l’hôpital Avicenne- APHP à Bobigny.

Avec de nouvelles compétences soignantes spécialisées

Bientôt les deux CMP intègreront chacun, en tant qu’unités pilotes, une infirmière de pratique avancée (IPA) en santé mentale » en cours de formation à ce métier bien développé au Canada, mais tout nouveau en France. Les deux infirmières suivent le cursus Master « spécialité sciences cliniques en soins infirmiers » à Saint-Anne dans le cadre du projet de préfiguration des infirmiers cliniciens spécialisés (PREFICS) expérimenté et soutenu financièrement par l’ARS-IDF. Une fois diplômées, elles contribueront à améliorer la prise en charge des patients au long cours à parcours complexe en coordonnant les interventions, en veillant à la mise en place du projet thérapeutique, en garantissant la continuité de la cohérence de la prise en charge et en évaluant les situations de crise des patients perdus de vue.

L’HDJ et l’HAD de Bobigny comme alternatives déstigmatisantes

L’hôpital de jour (HDJ) de Bobigny partage un bâtiment de  3 étages avec le CMP, le centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) et l’équipe de l’Hospitalisation à Domicile (HAD).  Situé dans un quartier résidentiel pavillonaire, à l’angle de deux rues calmes, cet ensemble ne rappelle en rien les structures d’hospitalisation. Bien au contraire. Son intérieur à dimension humaine, tout habillé de bois blond, est chaleureux, accueillant, apaisant. « L’hôpital de jour est une alternative à l’hospitalisation complète pour des patients aux pathologies subaigües nécessitant des soins polyvalents individualisés et intensifs prodigués dans la journée » explique le Dr Sabine Sognot-Bérat, responsable médical. Elle précise : « il accueille  15 patients, 5 jours sur 7, pour un séjour en continu ou par épisodes contribuant ainsi à prévenir les périodes de crise ou encore à réduire l’intensité des symptômes des patients ». Le Dr Barnel ajoute que : « dans la construction du projet de réinsertion sociale d’un patient au long cours en hospitalisation complète, l’HDJ peut également constituer un palier intermédiaire. Tout en assurant la continuité de son suivi, il aide le patient à mettre progressivement un pied hors de l’hôpital afin de se faire accepter, par exemple, en foyer social ».

Autre alternative : l’hospitalisation à domicile (HAD). Elle mobilise une équipe pluridisciplinaire qui intervient 7 jours sur 7 au domicile du patient pour lui prodiguer des soins intensifs en phase aigüe. « Ce dispositif évite l’exclusion du patient que l’on stabilise dans son environnement tout en soutenant et en conseillant la famille. C’est un outil de régulation efficace à l’interface de l’intra et de l’extrahospitalier » analyse le Dr Linares.

Le plein d’innovations dans les CATTP du pôle

Une fois stabilisés, les patients socialement isolés sont pris en charge, s’ils le désirent, dans les centres d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) de Pantin et de Bobigny, ouverts à tout habitant en souffrance psychique. Ces unités d’accompagnement à l’insertion les aident, au moyen de diverses activités à vocation thérapeutique, à recréer du lien social, à investir leur ville et à retourner aux droits communs à plus ou moins long terme. 

Le CATTP de Pantin partage ses locaux avec le CMP. Il accueille les patients dans une maison ancienne transformée en loft. Tout en transparence avec sa façade en verre, c’est un lieu ouvert sur la ville et en activité à tous les étages. « Depuis 20 mois, le nombre de patients s’est accru parce que nous avons introduit de la souplesse dans les admissions en utilisant les compétences des soignants, désormais responsabilisés dans les prises en charge » souligne le Dr Thierry Béguin, responsable médical. Chaque semaine, une quarantaine d’adultes participent en moyenne à deux ou trois des nombreuses activités que l’équipe de soignants et de médecins a contribué à développer et à dynamiser, souvent en partenariat avec les villes de Pantin et Bobigny très engagées dans le soutien aux malades. 

En dehors des ateliers de peinture, de collage, d’écriture, de revue de presse, de pâtisserie, d’ergothérapie et de psychomotricité qui se tiennent au CATTP, les patients ont accès à une palette d’activités externes : séances de cinéma au Ciné 104 de Pantin qui offre un tarif préférentiel ; « belles histoires » et réalisation d’un « Journal des patients » à la Maison de quartier du Petit Pantin. « Le journal n°1 est paru en décembre avec des reportages et des interviews réalisées par les patients - dont une du Maire de Pantin » précisent Julie Moulin (éducatrice spécialisée), Sonia Gandillet (infirmière) et Jérémy Boudeau (infirmier) en charge de l’atelier d’écriture.

Les activités physiques – musculation, danse, piscine, pétanque, vélo, relaxation - se font en commun avec les patients du CATTP de Bobigny, comme l’activité du mardi à la Ferme pédagogique de Neuilly-sur-Marne et celle du jeudi au jardin partagé de Pantin. « Le but c’est que les patients créent des liens entre eux, apprennent à se déplacer seuls pour devenir plus autonomes, aient envie de retourner au cinéma ou à la médiathèque en dehors du CATTP pour rompre avec l’isolement. C’est aussi de démédicaliser » dit Julie Moulin, éducatrice 

L’atelier théâtre, animé tous les jeudi après-midi par Monsieur LUMBROSO metteur en scène  au CATTP de Bobigny, fait un tabac.  En 2015, son spectacle « Les règles du savoir-vivre (et autres règles) » a été  vu au Complexe Edouard Vaillant de Bobigny, à  la chapelle de Neuilly-sur-Marne  et à Paris, dans le cadre du festival « Art et Psychiatrie » 

Autre innovation en préparation : l’atelier médiation animale. Une idée de Mme GANDILLIER (IDE) qui a suivi pendant 3 semaines la formation  de médiation animale : « un animal peut faire beaucoup de bien à une personne fragilisée ou isolée » explique-t-elle. 

L’équipe du CATTP de Pantin a également mis en place un « groupe accueil » tous les 1ers vendredi et 2è lundi du mois pour créer chez les usagers du CATTP des habitudes de sorties et de partage : « les patients passent quand ils le veulent pour échanger avec les soignants autour d’un café ». Au CATTP de Bobigny, 

Le Point 13 propose le 2è jeudi de chaque mois de dialoguer avec des professionnels, des familles et des membres de l’association des usagers Horizon-Soleil qui rencontrent des difficultés à construire un projet d’insertion pour un proche.  Cet espace d’accueil déstigmatisé se situe à l’interface du soin et du social.

Des nouvelles initiatives partenariales

Cette dynamique n’aurait pas été possible sans le soutien et l’engagement de notre Direction et des élus locaux avec lesquels nous entretenons des relations de partenariat soutenues pour améliorer la prise en charge de la maladie mentale » souligne le Dr Linares. D’où un travail engagé autour d’un projet de création d’un conseil local de santé mentale (CLSM) intercommunal animé par un coordinateur unique  et cofinancé par les villes de Bobigny et de Pantin et l’Agence Régionale de Santé. Chaque ville étudie par ailleurs la mise en œuvre d’une réunion d’évaluation de situations d’adultes en difficultés (RESAD).

Le pôle G13 travaille également au renforcement de ses relations avec la médecine de ville. Depuis juin 2015, il contribue à l’expérimentation de la charte nationale de partenariat entre médecins généralistes et psychiatres pour laquelle l’EPS-VE est établissement pilote. Cette expérimentation qui a démarré par une « enquête état des lieux » vise à améliorer la prise en charge et le suivi des patients en établissant les modalités d’une collaboration plus étroite entre généralistes et spécialistes.

Le pôle est engagé par ailleurs dans un projet intersectoriel de mise en place d’une équipe mobile psychiatrie précarité (EMPP) commune à sept villes du département,  celles desservies par les secteurs G02, G05, G06 et G13

Un maillage territorial renforcé

Le pôle devrait d’autre part signer une convention partenariale avec l’association Villepinte pour l’installation d’une résidence-accueil de 25 places à Bobigny et un travail de collaboration pourra se formaliser avec l’association Aurore qui a implanté à Pantin une résidence sociale.

Ces nouvelles structures complèteront les dispositifs de prise en charge des patients stabilisés mis en œuvre par le pôle pour pallier la pénurie d’hébergement accompagné sur le secteur [1] : l’accueil familial thérapeutique, c’est-à-dire, l’accueil du patient dans une famille recrutée par l’EPS-VE, associant le suivi par l’équipe du Pôle et parfois conjointement à une prise en charge en HDJ ou en CATTP. Ou encore les appartements associatifs. « Nous disposons à Bobigny d’un appartement associatif de 3 places mixtes géré par l’Association Hygiène Mentale. Dans ce lieu de réinsertion sociale et de réapprentissage de la vie quotidienne, un travail axé sur l’autonomie est effectué par les équipes, avec une prise en charge parfois conjointe en HDJ ou en CATTP» explique Jean-Luc Stanislas cadre supérieur de santé du pôle. 

Pour apporter son aide à la réinsertion, l’association des usagers Horizon-Soleil propose, à Pantin, une permanence hebdomadaire aux usagers et ex-usagers des structures de soins psychiatriques du Pôle G13. Elle leur facilite aussi l’accès aux ressources culturelles, associatives et institutionnelles.

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Confronté à des défis d’ampleur dans un secteur particulièrement défavorisé, le pôle 93 G 13  fait sa révolution au bénéfice de la qualité de la prise en charge des patients. Un travail collaboratif soutenu au sein des diverses unités intra et extrahospitalières du pôle, la responsabilisation des soignants et des relations renforcées et mieux coordonnées avec l’ensemble des partenaires médico-sociaux et politiques locaux sont les leviers de ses nombreuses initiatives et projets innovants.

[1] L’unique foyer de postcure existant offre 7 lits intersectoriels à Aubervilliers rattaché au Pôle G06

Contributions
Interviews Dr Isa Linares, chef de pôle, Jean-Luc Stanislas, cadre supérieur de santé et toute l'équipe médicale et soignante des structures ambulatoires de Bobigny et Pantin
Textes
CF.com. Jocelyne Chatron, directrice communication
Photos
Jorge Alvarez, Pierre Marsan  

Création : 07.06.2016
Mise à jour : 08.07.2016

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