Le secteur G10 pour les habitants de Montreuil

Le Dr Fabrice Pécot a pris début 2015 la chefferie du pôle de psychiatrie générale 93G10, qui dessert le Bas-Montreuil. Fort de son expérience au sein d’autres hôpitaux, le Dr Pécot a lancé divers chantiers très engageants pour son équipe visant à mieux réguler la prise en charge des patients en crise aigüe, à diminuer la durée de séjour des usagers hospitalisés et à offrir aux patients chroniques des alternatives à l’hospitalisation temps plein. 

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La population desservie par le secteur 93 G10

Le  secteur 93G10 dessert un bassin de 65 940 habitants adultes de plus de 17 ans dans la partie sud de Montreuil-sous-Bois. Cette municipalité la plus peuplée du 93 derrière Saint-Denis, est très ouverte à l’accueil de populations diversifiées, souvent fragilisées et paupérisées. Ce secteur assure également les urgences psychiatriques à l’hôpital général de Montreuil, le CHI André Grégoire ainsi que la psychiatrie de liaison avec l’ensemble de ses services en particulier les services accueillant des patients chroniques et âgés : néphrologie, médecine interne, gériatrie. Au total la file active du secteur s’élevait en 2015 à 2 661 patients.

Réorganiser les urgences psychiatriques

Chaque année, le G10 prend en charge environ 1 000 patients en souffrance psychique aigue aux urgences du CHI André Grégoire et 870 patients en liaison, des quotas élevés. « Fluidifier le service rendu aux urgences a constitué notre priorité n°1. Pour cela, nous avons différencié les urgences psychiatriques des consultations de liaison en confiant ces missions à deux psychiatres différents assistés chacun d’une infirmière. Le psychiatre urgentiste est désormais plus disponible. La liaison bénéficie de jours de consultation dédiés avec des demandes mieux hiérarchisées grâce à l’instauration de fiches de liaison papier renseignées par les médecins somaticiens » explique le Dr Pécot. 

Au terme de deux mois de fonctionnement, les retours sont positifs : relations mieux cadrées avec les urgentistes du CHI et intégration prochaine du G10 au staff du matin des urgences, satisfaction des chefs de services, champ d’intervention clarifié par rapport à celui du pôle G11 en charge des consultations de post-urgence au sein du même CHI, meilleure régulation des patients, amélioration de la continuité et de la qualité du service.

Cette petite révolution requiert un engagement quotidien sur le terrain « pour être reconnu, le psychiatre doit être très présent et s’impliquer sans relâche ». Un premier bilan, à la rentrée 2016, favorisera l’amélioration continue des nouvelles pratiques.

Réduire la durée d’hospitalisation temps plein

L’hospitalisation temps plein (UFTP) au sein du pavillon Tamaris de Neuilly-sur-Marne constitue le cœur de l’activité du pôle G10. L’unité possède 22 lits pour adultes dans des chambres simples ou doubles, 2 chambres de soins intensifs et 1 chambre sécurisée. Sa vocation est d’accueillir et de traiter des patients en crise aigüe puis de les orienter vers des structures de suivi et s’accompagnement. « A mon arrivée, près de la moitié des patients étaient hospitalisés depuis plus de 6 mois et pour 2 d’entre eux depuis des années parce que la gestion de la crise des nouveaux entrants accaparait le temps médical. Cette situation réduisait notre capacité d’accueil. Avec toute l’équipe, nous avons beaucoup travaillé sur la prise en charge du patient chronique et consacré du temps à la construction de projets patients parfois impensables par d’autres » prévient le Dr Pécot. Pour cela, il a instauré un staff mensuel sur le sujet et soumettra prochainement l’idée de dédier un psychiatre aux patients chroniques. 

Depuis 18 mois la situation s’est débloquée pour plusieurs d’entre eux : Madame G, présente depuis 12 ans a réussi un séjour en unité de soins psychiatriques intensifs (USIP) en Corrèze. Elle pourrait intégrer prochainement le pavillon Alizé de l’EPS VE dédié aux patients au long cours. Monsieur H pourrait être admis dans un foyer. Les 5 patients chroniques restants sont des personnes âgées pour lesquelles un retour à domicile n’est pas envisageable. Qu’à cela ne tienne ! Le Dr Pécot se tourne vers 3 EHPAD de Montreuil à qui il propose un partenariat gagnant-gagnant : des places en EHPAD en échange de temps psychiatrique (consultation, présence au staff…). Un des psychiatres du pôle s’est d’ailleurs spécialisé dans la prise en charge des personnes âgées à cet effet. « La réduction de la durée moyenne d’hospitalisation des patients constitue donc notre deuxième gros chantier » résume le Dr Pécot. Même si elle cache de grandes disparités entre patients, elle est tombée à 18,6 jours en 2015.

Améliorer le cadre de vie des patients

En attendant l’emménagement dans un nouveau  bâtiment, le pôle réorganise et embellit son pavillon vieillissant et un peu austère. Une télévision géante anime la grande salle d’accueil ouverte sur un vaste jardin ombragé. Depuis 1 an, les patients des 3 chambres d’isolement bénéficient également d’un jardinet privé sécurisé dans lequel ils peuvent s’aérer accompagnés de deux soignants. La salle polyvalente offre maintenant divers espaces d’activité : bibliothèques bien garnies et coin lecture, babyfoot, ping-pong, table de jeux.

Réinjecter du temps médical dans les structures alternatives à l’hospitalisation temps plein

« En aval de l’hospitalisation temps plein, le Dr Pécot a renforcé les équipes médicales et paramédicales du CMP ce qui nous donne de l’aisance dans la prise en charge des patients » ajoute Jean-Christophe Amato. Il précise : « le délai d’obtention d’un rendez-vous au CMP a été réduit à 15 jours. Nous pouvons donc orienter les patients plus rapidement ou les faire sortir plus tôt de l’UHTP en étant certains qu’ils bénéficieront d’un suivi, ou parfois même éviter l’hospitalisation. » Pour gagner du temps médical, le Dr Pécot a privilégié les temps pleins plutôt que les temps partiels. Il a aussi renforcé la rigueur du suivi des patients pour éviter les ruptures de parcours, sources de ré-hospitalisation : relances téléphoniques et par courrier des patients, visites à domicile de l’équipe paramédicale conjointes avec celle d’autres praticiens…

Prochain chantier : réinjecter également du temps médical sur l’hôpital de jour (HJ)/CATTP Agora pour améliorer les prises en charge.

« Je souhaiterais recentrer l’HJ qui reçoit aujourd’hui des patients devenus chroniques, sur son cœur de métier : l’accueil de patients en crise aigüe et subaigüe en donnant au médecin une double casquette : la prise en charge médicale et l’aide au logement, une préoccupation majeure pour nos populations » précise le Dr Pécot. Pour multiplier les solutions d’hébergement, l’équipe du pôle s’appuie sur les appartements associatifs de l’EPS VE et le tissu associatif très dense de la Ville de Montreuil. Il suit un projet de Maison Relais (centre d’hébergement et de réinsertion) à Montreuil. Il va réactiver l’embauche de familles d’accueil. Il rencontre tous les mois et demi l’Office HLM tandis qu’un des  cadres de santé intervient dans la formation des gardiens d’immeuble copilotée par Ville de Montreuil. Quant au CATTP, il doit devenir plus opérant : « je rêve d’un HJ qui mette de la densité de soins dans le traitement des crises aigües et d’un couple CMP-CATTP qui assure l’accueil, le suivi, l’accompagnement et la réinsertion des patients qui vont mieux » explique le Dr Pécot.

De nouveaux projets pour 2017

Les nouveaux projets ne manquent pas dans ce service dynamique déjà ressoudé par la mise en place de nombreuses plateformes d’expression : réunions, séminaires…. « En 2017 je souhaiterais stabiliser les équipes paramédicales au sein desquelles il y a eu beaucoup de renouvellement » annonce Jean-Christophe Amato. « En interne, je vais lancer un chantier sur l’élargissement des horaires de consultation au CMP pour nous adapter aux contraintes des patients qui travaillent. Il faudrait offrir une consultation tardive au moins 1 soir par semaine ce qui suppose la présence d’un médecin et d’une infirmière. Nous poursuivons la réflexion sur l’amélioration du confort de vie des patients hospitalisés à temps plein et des activités que nous leur proposons parce que nous sommes, avec Saint-Denis, le pôle qui hospitalise le plus. En externe nous allons continuer à tisser nos liens avec les associations et les structures médico-sociales de la Ville. Je souhaite également nouer des relations avec les médecins généralistes de Montreuil qui sont au cœur du dispositif de prise en charge et d’orientation des patients » détaille le Dr Pécot.

Contributions
Interviews du docteur Fabrice Pécot, chef de pôle et Jean- Christophe Amato, cadre supérieur de santé
Texte : Catherine Fressoz CF. com, Jocelyne Chatron
Photos : Jorge Alvarez, Pierre Marsan

Création : 07.06.2016
Mise à jour : 13.07.2016

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